A l’heure où certaines agglomérations développent l’Internet à très haut débit, il semble inconcevable de rester planté devant son écran d’ordinateur à risquer la nausée à force de voir un sablier s’agiter devant les yeux. Et pourtant, malgré la récente mauvaise expérience du site d’archives télévisuelles en ligne de l’INA et la connaissance du nombre record de connexions à Google Earth (ses fondateurs revendiquent plus de 100 millions de téléchargement, et le site est tout à fait consultable), le site vedette de l’IGN affiche ce message troublant, donnant presque l’impression que, dépassé, le webmaster a mis les voiles : « Vous êtes incroyablement nombreux à vous connecter au Géoportail. Nous avons enregistré plusieurs millions de connexions en quelques heures. En raison de cette affluence, le site est actuellement saturé ». Et effectivement, depuis son ouverture officielle vendredi 23 juin à 14 heures, il est presque impossible de se connecter au Géoportail, tout comme (dégât collatéral) au site de l’IGN !
Explication en chiffres : le site enregistre des pics de connexions de plus de 600 demandes par seconde. Ce week-end pas moins de 14,4 millions d’Internautes ont tenté de consulter le site avec une moyenne de 245 000 connexions par heure ! Un prestataire informatique de l’IGN doit avoir les oreilles qui sifflent puisque la plate-forme devait à priori accueillir 500 000 visiteurs simultanés. Résultat : même si cet engouement n’est que temporaire, la plus belle campagne de promotion et médiatique jamais organisée pour le lancement d’un site Internet en France est en train de tourner au bide…
Pour essayer d’enrayer la situation, l’IGN compte mettre en place un système de régulation par ticket d’entrée. Le visiteur devra remplir un formulaire et, positionné sur une liste d’attente loin d’être virtuelle, devra attendre son tour. Une invitation à se connecter au site lui sera envoyée par e-mail. Dommage pour notre « Superman » (lire billet précédent) qui devra, au mieux, adapter l’agenda nocturne de son épouse («Chérie, je sais qu’il est 3h45 mais, l’IGN m’autorise à te montrer le site sur lequel je vais bientôt construire mon viaduc»), au pire, patienter quelques jours, le temps que tout ceci se calme…
Pour info, une très petite fenêtre de tir sur le poste d’un collègue m’a permis d’apercevoir le Mont Saint-michel, mais pas le viaduc de Millau. Au moment du survol de l’avion de l’IGN, les travaux de terrassement semblaient en cours et les premières piles sortaient de terre. Le problème est qu’en passant de la photo à la carte (à l’aide d’un curseur situé à droite de l’image) le viaduc apparaissait seulement en pointillé. Les cartes autoroutières de l’IGN seraient-elles donc redessinées que tous les cinq ans ? Heureusement que cet ouvrage d’art ne reçoit aucun visiteur. D’ailleurs, il n’intéresse personne. Si, si…
Xavier Fodor, journaliste informatique et télécoms




