Constatez-vous aussi cette nouvelle habitude : les maîtres d'ouvrage -essentiellement publics- mentionnent dans leur avis d'appel d'offres leur préférence en termes de logiciel de conception ? Sagissant de gestion de projet, l'idée semble louable, mais à défaut d'avoir suffisamment de maîtrise en la matière, cette préférence se borne de plus en plus à "AutoCAD". Voici par exemple ce que je relève à l'instant sur Marchés Online à propos de la conception construction d'un ouvrage d'art de franchissement, marché évalué à 4,5 millions d'euros : "Formats acceptés : Word, Excel, Acrobat, Open Office, Autocad, Zip (ne contenant que des formats autorisés)". Autrement dit, Autodesk est assuré de pouvoir prochainement présenter un pont routier de 95 mètres conçu à l'aide de son logiciel de conception phare.
Deux remarques à cela. La première est que la mauvaise connaissance informatique des maîtres d'ouvrages, et le recours à une marque en générique d'un outil, crée parfois des situations absurdes. Par exemple, cette histoire vraie : un architecte s'est vu refuser son dossier car il indiquait avoir travaillé sur "Autodesk Architectural Desktop" ; Ce alors que l'appel d'offres exigeait un rendu sur "AutoCAD". Allez donc faire comprendre à la secrétaire de mairie qu'il s'agit bien de la version enrichie d'AutoCAD pour le BTP et que son format DWG est identique... Soit dit en passant, elle peut être à moitié pardonnée car, en s'affichant ainsi, Autodesk souhaite enfin que les utilisateurs l'identifient bien comme l'éditeur d'AutoCAD.
La seconde remarque n'est qu'une conséquence de l'omniprésence des outils d'Autodesk. Nous le voyons, au-delà de leurs qualités, l'architecte ou l'ingénieur le choisit aussi par nécessité, pour suivre la voie de la préférence. Résultat : coûts des licences + formation, leur environnement devient vite mono-éditeur, même dans les structures aux moyens financiers confortables. Seul problème, qui se présente actuellement sur un projet de taille (l'info est pour l'heure encore confidentielle), que fait notre architecte, notre ingénieur, lorsque la préférence du maître d'ouvrage va pour un autre logiciel, en l'espèce Catia de Dassault Systems ?
Xavier Fodor, journaliste informatique et télécoms
NOUVELLE ADRESSE Suivez au jour le jour toute l'actualité informatique et bâtiment sur www.btpinformatic.frr
On peut surtout s'interroger sur la légalité d'imposer un format de fichiers, voir même d'imposer le rendu sur informatique.
De toute façon, lorsque l'on fourni des dossiers de candidatures ces derniers temps, on est quand même très désemparé, tout les maîtres d'ouvrages ont des souhaits différents, format A4/A3 modes portraits/paysages, un projet par page/5projets sur une page, une illustration par projet etc... la liste est longue sans compter les magnifiques mise en page réalisée par la secrétaire sur Excel ou sur powerpoint dans laquelle l faut "insérer" au chausse pied ses références... Bref c'est le foutoir... On passe de plus en plus de temps à faire ces dossiers qui sont triés en 15 minutes chrono... Un ou 2 formats uniques de présentation applicables par l'ensemble des maîtrise d'ouvrage publique, c'est pourtant pas le bout du monde, non? Cela nous permettrait d'insérer le book de l'agence dans ces cadres prédéfinis une seule fois... Il faut bien sûr s'entendre sur ce cadre de base, mais c'est pas si sorcier...
@ bientôt sur ce blog, j'espère ;)
Gaspard.
Rédigé par: Gaspard | 07 juin 2006 at 22:44
Je crois qu'il est normal d'imposer un format de fichier (par exemple DXF) dans un appel d'offre, mais il me semble qu'il est interdit d'imposer un logiciel, de la même façon qu'il est interdit d'imposer une marque.
Par extension il me semble interdit d'imposer "DWG" parceque c'est un format propriétaire qui évolue soigneusement avec les différentes versions.
En matière de pièces écrites, il me semble que seul le format PDF devrait être accpté, puisqu'il est protégé et lisible par un Reader gratuit. Pour des présentations plus compliquées, le format RTF convient très bien. En fait, on dispose de tous les outils nécessaires normalisés (cf SVG pour le graphisme), mais, manifestement les administrations préfèrent imposer des Logiciels soumis à licence.
DlzLogic.
Rédigé par: Pierre Dolez | 08 juin 2006 at 13:12
Félicitations pour cette initiative. Les nouvelles technologies dans la construction sont aujourd'hui peu/mals exploitées.
Je rejoins les avis précédents, la pratique d'imposer un logiciel ou une marque est illégale au regard des règles de la concurrence.
Concernant les formats de données, on ne peut imposer un format propriétaire celui-ci étant lié à un logiciel ou une marque pour ne pas le nommer microsoft et son tableur excel
La bonne pratique est d'utiliser des formats de données ouverts. Ceux-ci présentent de nombreux avantages notamment l'interopérabilité entre les systèmes (Windows Mac par exemple) et de ne pas être liés à un logiciel ou une marque
Rédigé par: Bruno Meunier | 08 juin 2006 at 19:09
Concernant le format de description d'un bâtiment, il existe une alternative au DWG, c'est le format IFC:
1) il permet d'échanger les caractéristiques des objets, leurs relations et pas seulement leur représentation en plan
2) il est utilisable avec la plupart des logiciels de CAO (ADT, Allplan, Archicad, Triforma, Revit,...), des logiciels de calcul (Climawin, Robobat, Cadquant,...), de relevé (vizall,...), de gestion de patrimoine, etc.
3) ce n'est pas un format propriétaire mais une norme ISO (10303)
4) des maîtres d'ouvrage avertis commencent à demander la livraison de fichiers IFC pour intégrer plus facilement la description d'un nouveau bâtiment ou le résultat d'un relevé à leur outil de gestion de patrimoine. Exemples : conseil régional de Bourgogne (www.mediaconstruct.org/lettres/9/index.htm#31), Mairie de Paris, Ville de Lorient,...
5) les IFC commencent à être introduites dans les Ecoles d'Architecture, d'ingénieurs, ainsi que dans le cadre de la formation continue.
Pour en savoir plus : www.iai-france.org
Rédigé par: Bernard FERRIES | 09 juin 2006 at 07:21
Très bon article, merci, il met bien en évidence les carences « informatiques » des MO. Au stade de la rédaction des marchés, je vous confirme que les considérations que vous exposez sont malheureusement ignorées la plupart du temps. Non pas par volonté, mais simplement par méconnaissance du sujet. Vous avez raison de rappeler que les critères de jugement d’une offre ou d’une candidature doivent être conformes à l’article 53 du CMP, ou, êtres justifiés par l’objet du marché, objectifs et non discriminatoires.
Je suis certain qu’une action de sensibilisation ciblée sur quelques MO au fort volume de passation de contrats de Moe serait profitable.
On pourrait facilement prolonger vos commentaires au niveau de la dématérialisation des procédures d’achats. Si certaines collectivités ont préféré des systèmes performants et très accessibles, on rencontre encore souvent de véritables « usines à gazs » qui déconcertent totalement les petites entreprises peu habituées à gérer des dossiers électroniques. Un exemple, une collectivité en banlieue parisienne a mis en place un portail de dématérialisation nécessitant le téléchargement complexe d’un logiciel propriétaire permettant au final de décomposer un dossier comprenant des fichiers…..acrobat reader ! Comme quoi…il y a encore de sacrés progrès à faire avant la dématérialisation totale….
Rédigé par: Maxime Judd | 13 juin 2006 at 22:20