L’Equerre d’argent, un des deux prix d’architecture du Moniteur, a, cette année, donné matière à contestation.
Non que le bâtiment primé ait été considéré comme indigne d’être distingué. Peu l’ayant visité, la contestation ne pouvait porter sur sa qualité architecturale, au demeurant incontestable. Mais sa représentativité pour la scène internationale a été mise en question.
Voyons ce qu’il en est et ouvrons le débat ! C’est ce que ce Moniblog – parmi d’autres initiatives du Groupe Moniteur – va permettre. Il est conçu pour cela et à la disposition de tous, pourvu que les points de vue soient étayés et évitent les insultes, injures et procès d’intention.
Quel semble être le fond de l’affaire ? Il a suffi que quelqu’un dise "grand geste" et qu’un autre entende "gesticulation" pour que le choix du jury 2007 soit mis en cause. Nul ne pourra croire que cette interprétation sémantique falsificatrice constitue le cœur du débat… Des débats doit-on plutôt écrire. Car de nombreux débats ont leur raison d’être. Ils concernent, sans que cette liste soit exhaustive : l’accès à la commande (celle des jeunes architectes en particulier mais aussi des autres) ; les rapports de la maîtrise d’ouvrage et de l’architecture ; la reconnaissance internationale des architectes français ; la qualité de l’architecture et l’appétit que lui manifeste la société ; la qualité de l’architecture encore mais dans les différents registres où elle doit s’exprimer ; la promotion de la qualité architecturale et, bien sûr… les prix. A quoi servent-ils ? Que doivent-ils refléter ? Ici tous les avis et toutes les suggestions seront entendus.
Frédéric Lenne
Cette polémique aura, je l'espère, le mérite d'ouvrir l'architecture au débat ; oserai-je dire à la "critique" ? Est-il aujourd'hui possible, en France, de dire ou d'écrire ce que l'on pense de certaines oeuvres architecturales ? Oui, s'il s'agit de les couvrir d'éloges, voire de rester "architecturalement correct" ; non, si notre point de vue, notre regard, est moins enthousiasmé (malgré moi, je reste dans les euphémismes). Qu'un film, une pièce de théâtre ou un roman se fasse étriller au "Masque et la plume", quoi de plus banal, relevant du registre de l'expression libre sur une oeuvre artistique ! Imaginons l'émission "l'Equerre et la truelle" passant sur le grill les dernières livraisons architecturales : que de cris, de levers de boucliers, de pétitions ! Mais peut-être que le jour où cette émmission existera, l'architecture, dont une majorité de nos concitoyens se fout complètement, sera devenue aussi "populaire" que les arts précédemment cités, et "l'Equerre d'argent" sera le "Festival de Cannes" de l'architecture, et il y aura des sifflets, des spectateurs debout sur les sièges, des applaudissements, des émeutes, et le lauréat aura le sacre suprême d'être évacué de la scène en hélicoptère pour échapper à la foule !
Rédigé par : Labbé Claude | 17 novembre 2007 à 10:43
Modestie ou gesticulation: le vrai débat.
Dans cette controverse, le reproche sous-jacent fait aux architectes, on le comprend bien, est que l'architecture "modeste" est morale, économe, raisonnable, vertueuse en un mot; quand celle de "gesticulation" est le gaspillage inutile et coûteux de l'égo-surdimensionné-de-l'architecte (pléonasme). Nous le vivons tous les jours. Lors de la construction, tout matériau inhabituel est trop cher, tout balcon habitable est suspect, toute couleur est criarde, toute fenêtre est trop grande. Restons modestes.
Parce qu'enfin que demande-t-on dans le fond ici aux architectes ? Une architecture audacieuse pour quelques grands édifices publiques d'exception (la Grande Bibliothèque, le Stade de France, l'Opéra, etc.); et le reste des constructions doit être banal, éprouvé, sans intérêt particulier, ce que l'on appelle parfois une "architecture d'accompagnement". Bon.
En réalité le problème est ailleurs. Nous architectes ne cherchons ni la modestie, ni la gesticulation, mais l'expression. Qui n'entend pas partout les gens se plaindre et avec raison que leur quartier est défiguré par l'architecture d'aujourd'hui? Et bien accompagnons pour une fois ces personnes et regardons avec elles les immeubles incriminés. Le balcon trop petit ne sert qu'à la parabole. L'entrée est déprimante. Les pièces sont sombres. Les matériaux se décollent. L'ensemble est triste, triste, triste, qui a envie de ça? Si l'on vous demande quelle est votre couleur préférée, allez-vous répondre le grisâtre? le beigasse? Alors pourquoi devons-nous couvrir la France de ces bâtiments qui ne plaisent à personne? Il nous faut un Ministère de la Joie, nous sommes extrêmement sérieux. Cela permettrait au moins de mettre la question de la gaieté architecturale sur la table, pour commencer. Il est aussi important pour un édifice de répondre aux normes techniques que de créer de la surprise, de l'émotion, du plaisir. Cela ne devrait pas être une question esthétique mais sociale, de l'affaire de tous car tout le monde a besoin d'être heureux. L'architecture contribue naturellement à ce bien-être puisqu'elle est le lieu-même de notre vivre ensemble, et elle n'est pas qu'une question de chaudière qui fonctionne et du nombre de vitrages aux fenêtres. Si le bonheur est dans le pré, ce serait chouette qu'il le soit aussi en ville. Cela tomberait bien puisque nous y sommes.
Hélas! les méfaits de l'ennuyeux et du sinistre ne sont pas chiffrables. Aucune ligne dans les Plans d'Occupation des Sols ou les PLU, ne demande jamais de faire un édifice agréable. Personne ne s'en préoccupe donc. Sauf l'architecte. S'il en a le courage. Ou les moyens. Faut-il rappeler ceci? L'ennui naquit de l'uniformité. Au lieu de ce prix de "l'Equerre d'argent", récompensons plutôt l'architecture qui "éclaire les gens". Ne serait-ce pas mieux ?
Isabelle Coste, David Orbach architectes urbanistes
Rédacteurs dans les revues Cyberarchi, Agoravox, Centpapiers (Quebec)
Rédigé par : Isabelle Coste, David Orbach | 18 novembre 2007 à 12:33
Le débat semble s'embrouiller un peu. Scène architecturale française, média servile, gesticulation... Que se passe-t-il ? A l'évidence, cette grogne semble être la résurgence d'un conflit entre le maire de Saint-Etienne et Rudy Ricciotti autour de la notion de développement durable (pour ce que l'on en sait officiellement !). Le Moniteur semble avoir pris parti pour l'élu plutôt que pour l'architecte. Et Edelmann du Monde qui rajoute une couche avec sa sacro-sainte "gesticulation" qu'il nous met à toutes les sauces quand il ne comprend pas ce qui se passe, ou qu'il consent à nommer ainsi pour remettre la jeune génération à sa place. Car de quoi s'agit-il quand on parle de geste ? Rien de moins qu'une posture, un acte non réalisé, une bravade à la Chrétien de Troyes. C'est vrai. Mais il est bon de rappeler que la nouvelle génération n'arrivant que difficilement à la commande se démène dans des solutions de papier, faute de commande concrète. Edelmann aurait-il apprécié à l'époque que l'on parle de gesticulation pour ses prises de position envers la lutte contre le sida, ou autres compte rendu des fêtes du Palace ? Je ne le crois pas. Alors je crois que la posture d'Edelmann est plutôt celle d'un tribun qui est arrivé, et qui fait semblant de ne pas comprendre ceux qui essayent d'y arriver. Voilà pour le journaliste, que je respecte profondément, qui écrit merveilleusement, malgré les propos un peu vachard de Claude Parent à son encontre sur le fils putatif de "Fermigier (...) capricieux, outrancier, arrogant à souhait". Concernant Le Moniteur, il est bon de rappeler son origine génétique, comme étant l'organe de la fédération du Batiment et des travaux publics. Pour mémoire, relire le numéro un du Moniteur. Et que malgré l'excellent travail de Jacques-Frank, de Milena ou de Jean-Philippe, la ligne éditoriale, les angles problématisées des papiers, ainsi que le choix retenus des informations, cette revue reste un revue destinée aux entreprises, et non aux architectes. Ce navire amiral auquel s'adosse tout le groupe instille à l'ensemble des revues de cette maison d'édition son imprimatur. Concernant la profession maintenant, il est aberrant pour un architecte de se plaindre du contenu de la presse, alors même que dans le même temps, il ne s'abonne pas, et préfère une pseudo presse gratuite. Qui lit Archicréé, D'Architecture, AMC, Architecture D'Aujourd'hui, et Techniques & Architecture à chaque parution, personne à part les journalistes qui pigent dedans... Quand on aura décrété que l'information n'est pas un fait en soi, mais bien une construction, à l'instar de l'acte de construire, les architectes s'abonneront peut-être à des revues. Quand à Ricciotti, l'"insurportable" comme le portraitise Claude Parent, est proche d'un Jean Nouvel, lui aussi insupportable en son temps. Et que sa diatribe, qu'à ma décharge je n'ai pas lu, à l'égard du développement durable porté par les grands lobby industriel, n'est pas politiquement correct, c'est un fait. Mais ça me le rend immédiatement sympathique. Le Dév. Dur., on en soupe, visiblement on en soupera encore longtemps, mais dans l'immédiat après-Batimat, on en a soupé ! Ce thème bateau d'un paradis perdu ressemble fort, dans un double mouvement, à un Mea Culpa cynique d'une génération envers sa propre progéniture, aussi bien qu'à une caste, celle des maires, de faire dire n'importe quoi avec un bâtiment pourvu qu'on le réélise... Une sorte de "Bâtir plus pour engranger plus !"... Finalement, cette polémique ressemble fort à l'instrumentalisation d'une jeune génération aux dents longues par une avant-garde soucieuse de prendre les rênes de la commande. Alors même qu'il faudrait dire ce que cette jeune génération recherche à bâtir, et que cette avant-garde souhaite construire!... La pyramide des âges des architectes tient sur la tête, comme ce débat...
Rédigé par : vicarini | 18 novembre 2007 à 13:29
Il se dit là de fort belles choses, mais la cause première du débat qu'elle est-elle ?
Sont-ce ces médoicres photographies qui ont été mises en ligne sur internet lors de la publication des résultats? Alors il est vrai que les photos de cette architecture, si mal montrée, ne présentent pas d'images forte, pas de belles lumières, pas de jeu de matériaux. Elles ne rendent pas l'envergure du projet, bien peu, face à celle supposée des "autres". On a mieux dit, on a mieux montré.
Rédigé par : TOURNOUX | 19 novembre 2007 à 11:01
Débats-tu ?
Que d’émotions ! J’en tremble sur mes fondations.
Les architectes enfin de retour au cœur du mouvement social ?
Il faudrait d'un groupe hétéroclite percevoir l’ébauche d’une mission divine pour la sauvegarde d’une Pensée Architecturale Française aux aspirations internationales et répondre avec sérieux. Le si trop petit monde de l’Architecture se paye un frisson pour pas cher.
Le Moniteur ferait l’Architecture, Le Moniteur fixerait les tendances, Le Moniteur comme Grand Architecte ? Allons, aussi nécessaire soit-il ce n’est qu’un organe de presse. Le Moniteur privé d’images, tu n’as pas été sage…. Quelle blague.
C’est peu croire en ses œuvres que de les regretter de papier.
Michel-Olivier DAYOT Architecte
Rédigé par : Michel-Olivier DAYOT | 19 novembre 2007 à 12:25
Oh la polémique !
Combien ont lu le dernier Goncourt (c'est une référence parmi d'autres), fréquenteront l'Opéra, le Musée ou le Théatre dans la semaine ?
L'art produit par les architectes nous concerne tous au quotidien, c'est là la différence avec les autres formes d'expression artistique.
L'architecture définit notre cadre de vie, elle doit donc étre autant pensée que ressentie. L'Art de l'architecte est de faire vivre ces deux notions simultanément pas de choisir l'une plutôt que l'autre.
Si elle est réduite à une expression, un geste, elle est vaine, stérile.
Si elle n'est qu'utilité fonctionnement, elle n'est plus Art.
Que voyons-nous ici ?
Les architectes se quereller entre tenants des deux extrèmes.
Ce n'est vraiment pas le débat qu'il fallait à l'Architecture !
Thibault LECLERCQ
maître d'ouvrage
Rédigé par : Thibault LECLERCQ | 20 novembre 2007 à 10:08
Enfin on s’amuse en lisant le blog du moniteur et archicool…
Roche est le meilleur d’entre nous ! (si on considère qu’il fait encore parti du panier…)
J’ai envi de rappeler à la liste des "boudeurs" (vite bouclée...), cette « fameuse » citation dont il est inutile de rappeler l’auteur : « Si l’histoire se répète, la première fois c’est une tragédie, la deuxième fois c’est une farce ! ».
Félicitation encore à Nathalie Franck et Yves Ballot et merci à nos archi-publicitaires pour cette « brise » d’émotions…
Rédigé par : jean-charles Liddell, architecte | 20 novembre 2007 à 11:04
Comment l'esprit vient aux architectes...
C'est un point de vue très singilier que le mien, mais je pense justement que l'architecture n'est faite que de geste, n'en déplaise à certain. Construire est un acte, l'oeuvre est un acte, l'architecture est un ouvrage de papier, un geste, une immatérialité. Quel pourrait être la première architecture ? Pour moi, ce serait le cimetierre. Le premier espace consacré aux morts, contre celui des vivants, est l'essence même d'un geste religieux, d'une architecture religieuse. Après ce peut-être la procession de mémoire, la Toussaint, etc... Ce simple geste voulu par des hommes, qui fait basculer l'histoire des hommes de la préhistoire à l'histoire, est pour moi, le geste fondateur de l'architecture. Un peu comme lorsqu'on apprend à lire, et que l'on se met à comprendre l'ironie qui se cache derrière les mots, la métaphore, le non-dit, la charge, l'illustration... Tout ce qui n'est pas dans le texte, mais qui fonde le texte. L'architecture, idem. Tout ce qui n'est pas dans le plan, mais qui fonde le plan, là réside l'architecture. Le geste architectonique et phénoménal, à la manière de la Geste de Guillaume d'Orange n'est pas à confondre avec le geste matériel, très Beaux-Arts, de la gesticulation pour impressionner... Cette dernière est une action, la geste quant à elle est une conduite, une éthique. C'est pourquoi j'en veux à Edelmann d'utiliser ce thème au masculin plutôt qu'au féminin, d'une manière péjorative, c'est pourquoi je trouve cynique de la part du maire de Saint-Etienne de prôner une construction développement durable, plutôt qu'un ouvrage édifiant, c'est pourquoi je n'approuve pas la gestuelle maline de Ricciotti mais que j'approuve son geste, et son architecture; c'est pourquoi je trouve que ce palmarès est fallacieux, malgré une équerre d'argent très pure, et une démarche magnifique, mais qui trompe sur les enjeux sous-jacents qui ont présidé à son élection; c'est pourquoi je trouve que Le Moniteur, excellente revue de construction s'il en est une, se fourvoye quand elle veut édicter l'architecture; C'est pour ça que le leurre d'AMC, de faire croire à la sacro-sainte diversité ou alternance, ne recouvre en fait qu'un contre-feu... A force d'être contre tout le monde, on peut facilement en déduire une position marginale. J'en conviens ! Mais pour ma part - même si cela peut paraître snob - penser, c'est penser contre "l'obscur désir du troupeau", contre le mien même s'il le faut, contre le nôtre aussi, celui du spectre des opinions autorisés ! Alors comment vient l'esprit aux architectes ? Quand une intention que vous ne lui avez pas prêté, surgit quand même quand il le reçoit ! Mais je peux me tromper...
Rédigé par : vicarini | 20 novembre 2007 à 15:08
C'est normal qu'à Bordeaux ils aient gagné !
Nathalie Franck et Yves Ballot avaient un Girafon (de la célèbre Girafe Architecte de Tours-37) dans leur équipe (Jean-Sébastien) !
http://lagirafearchitecte.spaces.live.com/
Rédigé par : Mathieu JULIEN | 20 novembre 2007 à 18:42
Non, ce n'était pas cette charrette
De la Mort, ce bateau
Qu'on se le dise au fond des agences
Dise au fond des agences
Il gesticulait en pleine conviction
Sur la grand-mare des publications
Et s'app'lait les Copains d'accord
Les Copains d'accord
Ses fluctuât nec mergitur
C'était pas d'l’architecture
N'en déplaise aux équerre en or
Equerre en or
Son capitaine et ses stagiaires
N'étaient pas des enfants d'speer
Mais des amis d’pots d’agence
Des Copains d'accord
C'étaient pas des amis de luxe
Des petits Herzog et Meuron
Des gens du 10ème et du 11ème
10ème et du 11ème
C'étaient pas des amis choisis
Par Lenne et Guy
Sur le ventre ils se tapaient fort
Les Copains d'accord
C'étaient pas des anges non plus
Les œuvres complètes, ils l'avaient pas lu
Mais ils s'aimaient tout ego dehors
Tout ego dehors
Steph, Matthew, René et compagnie
C'était leur seule litanie
Leur credo, leur mentor
Aux Copains d'accord
Au moindre coup de Trafalgar
C'est l'amitié qui prenait l'quart
C'est elle qui leur montrait le nord
Leur montrait le nord
Et quand ils étaient en banqueroute
Qu'leurs souris lançaient des S.O.S.
On aurait dit des sémaphores
Les Copains d'accord
Au rendez-vous des bonnes charrettes
Y avait souvent de bonnes maquettes
Quand l'un d'entre eux manquait au p’tit matin
C'est qu'il était dans le train
Oui, mais jamais, au grand jamais
Son trou dans l'eau n'se refermait
Cent ans après, coquin de sort
Il grattait encore
Des ateliers j'en ai pris beaucoup
Mais le seul qui ait tenu le coup
Qui n'ait jamais viré de bord
Mais viré de bord
Il gesticulait en pleine conviction
Sur la grand-mare des publications
Et s'app'lait Les Copains d'accord
Les Copains d'accord
Georges La Pince
Rédigé par : smoothcore architectes | 22 novembre 2007 à 19:48
SCIENCE-FICTION
Enfant dans les années soixante, je n’ai pas échappé au devoir de dessin "dessiner l’ an 2000". C’était un peu abstrait, mais ce qui était sur, c’est que nous volerions dans des bulles de verres au dessus de bâtiments futuristes, comme dans le 5° élément. Un enfant n’a pas la nostalgie du passé. Cela se passait à Paris, dans un Paris haussmanien d’avant Malraux, c’est à dire tout noir, avec des appartements chauffés au charbon, livré par le bougnat dont la femme tenait le "café bois charbon".L’un d’eux était ma cantine, plus tard dans les années 70 quand j’etais étudiante en architecture. Mes parents, de ce ceux qui ont beaucoup dansé après la guerre dans les caves de Saint Germain des Prés n’aimaient que baies vitrées et cuisine intégrée, comme "mon oncle". Pour ma grand mère, née au 19° siècle, la modernité c’était le nescafé, les collants Dim et le salon des arts ménagers au CNIT de la Défense. Cela semble très loin et ça n’est pas si vieux, je ne suis pas si vieille. Trop jeune en mai 68, j’ai senti souffler la liberté, et c’est dans ce vent que j’ai fait mes études d’architecture dans les années 70. On se vautrait dans des poires en skai orange, quand le orange était une couleur, pas une facture de portable ou une affiche du Modem, nos 2cv n’étaient pas vintage et nous voulions enchanter le monde.
Alors bien sur, je suis en colère contre les propos tenus au moment de la remise de l’equerre d’argent. Cette réaction peut se concentrer dans un débat théorique argumenté qui opposerait les uns contre les autres, je sais le faire, depuis 15 ans professeur à l’université de Suisse, culture et sérieux garantis. On peut aussi la ramener à une réaction de mauvais joueur, encore faudrait-il avoir participé au jeu. Pour ma part, architecte-paysagiste je ne peux tout au plus prétendre qu’à un "cordeau d’argent", bien que l’ayant abandonné quand les architectes ont abandonné leur équerre. J’ai pourtant été très jeune, paysagiste d’une opération équerrisée, je ne suis même pas en mal d’équerre.
Mais qu’on nous laisse être vivants, qu’on nous laisse le droit d’être complexes, multiples et surprenants, de ne pas être étiquetté bouffon de service ou bon élève. Le système des candidatures tend suffisament à nous figer dans des postures que nous n’ avons pas : spé cialiste en collège en brique, en mapad en béton, en théâtre en verre, en logement en bois, en parc en pelouse ....c’est quand même une injure au métier d’architecte. Parce que quand nous exerçons notre métier nous faisons comme dans la vraie vie, nous ne nous habillons pas pareil en été et en hiver, nous ne lisons pas toujours le même livre, nous ne nous comportons pas partout de la même manière…
Nous vivons dans le champ des possibles, pas dans le champ d’impossible. Nous sommes en quête d’émotions partagées, l’architecture n’est pas un métier dans lequel on s’engage pour la gloire et les médailles, nous aurions plutot choisi le rock&roll où le football. Nous étions des jeunes gens pleins de rêves et d’utopies, nous les avons gardées et nous cherchons desespérement les moyens de les faire exister et de les partager. Nous sommes aussi des rêveurs idéalistes et pleins d’affect, et chaque jour nous partons à la guerre pour porter nos idées. Facile dans ces conditions de traiter l’idéaliste d’ambitieux et l’affectif de suregotisé.
Aujourd’hui ma soucoupe volante s’est transformée en Velib, et les architectures futuristes en maisons de bois.
Mon bougnat "Bubuche" va pouvoir rouvrir son café à Paris, avec des sandwichs au jambon du terroir, ce sera top bio-bio.
Nous projetons sous la pression du double flux et de l’écologie mal comprise, nous devons travailler en douce, cachés sous un tapis vert qui ne doit surtout pas faire de vagues. Chacun doit gérer sa petite poubelle, sa petite eau de pluie, son petit chauffage et sa petite vie. Nous sommes devant un choix débile qui consiste à nous balader en tenue camouflage dans la commande publique quotidienne, où à partir faire n’importe quoi en Chine, pour revenir auréolé de chiffre d’affaire à l’export et de perspectives sous traitées là bas. La gloriole réimportée nous donnera l’importance pontifiante qui nous démarquera des architectes du quotidien. Pour ceux qui comme moi rêvent de l’architecture au quotidien, pas de l’architecture du quotidien, aujourd’hui le carosse s’est changé en citrouille, il me reste le orange c’est déjà ça.
Christine Dalnoky, Gordes,14 novembre 2007
Rédigé par : christine dalnoky | 24 novembre 2007 à 14:06
Du calme !
Il y a quelques années, à la surprise générale, Sverre Fehn puis Glenn Murcott furent lauréats du Pritzker Prize . Ces choix significatifs ont eu l’assentiment de beaucoup d’architectes du monde entier.
Aujourd’hui, plus modestement, l’Equerre d’Argent du Moniteur va à deux architectes, peu connus, provinciaux de surcroit, et qui ont osé concourir et l’emporter avec un projet qui passerait – oh scandale – pour un projet modeste, voire inexistant.
Panique, non pas chez les photographes ou les éditeurs - qui ne trouveront pas grand-chose à mettre sur le papier glacé de leur revues, mais chez les concurrents malheureux et bien sûr incompris, secondés par quelques tenants du « Geste Architectural » – ressuscité et florissant depuis plusieurs années.
Masqués par un faux débat architectural, et brandissant le drapeau d’une architecture qui doit se faire voir, on s’affère dans le salon des refusés pour que cette mauvaise plaisanterie ne se reproduise pas l’année prochaine….
N’oublions pas qu’un modeste cabanon sur la Côte d’Azur sera bientôt classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et que les grandes réalisations ne font pas toujours les grandes architectures.
Le Moniteur nous propose avec cette Équerre d’Argent 2007 un entracte à la gesticulation, à l’extravagance et parfois même à la stupidité.
Le travail de Nathalie Franck et Yves Ballot montre opportunément que l’espace architectural est une résultante complexe de facteurs parmi lesquels la rigueur de pensée et la morale jouent un rôle primordial.
Merci donc à ce jury de l’avoir rappelé.
Rédigé par : Wladimir Mitrofanoff | 26 novembre 2007 à 10:23
http://philippepeyrefitte.blogspot.com/2007/11/riccoti-vs-yves-ballot-nathalie-franck.html
Rédigé par : Philippe | 27 novembre 2007 à 07:49
Un constat :
- un projet sobre et subtil, justement récompensé, parmi d’autres, très divers, qui le méritaient sans doute tout autant, mais c’est la règle du jeu ; un coup de gueule de quelques stars en cour ou starlettes impétrantes, bien ingrates parce que toutes régulièrement représentées par le magazine AMC ;
- un boycott qui n’en est pas un ou du moins pas sous la forme alléguée, reprise par les médias (pour être publié dans l’annuel, il faut s’y être porté candidat, personne n’a donc pas à faire mine d’« interdire » à AMC d’utiliser ses projets dans sa publication, comme il en est fait état dans le communiqué de presse…) ;
- un sujet qui ne mérite pas de pétitionner (il y en aurait pourtant beaucoup concernant l’architecture en France…) ;
- un amalgame étonnant entre une revue –AMC-, un groupe privé –Le Moniteur-, un jury (dans lequel, rappelons-le tout de même, siégeaient W.J.R.Curtis, F. Geipel, B. Tagliabue…, peu suspects de simplisme) et une institution –le Ministère de la Culture-, qui seule a la charge de représenter l’architecture nationale et d’en assurer la diffusion…
(…)
Des questions :
1- Pourquoi la fascination du banal et du quotidien seraient des marques de conservatisme moral et politique, comme cela est avancé dans certains propos atterrants (l’équerre d’argent va depuis 3 ans à des communes de droite, cqfd, etc…) ?
2- Qui croit que le « lobby du BTP », forcément ennemi des architectes, éternels incompris, préfèrerait en soi les architectures non gesticulantes, au point d’imposer sa voix à un jury ?
3- Pourquoi la complexité du réel et la complexité architecturale se confondraient avec une architecture spectaculaire ?
Quelques éléments de réponse :
1- Ce ne sont pas les lauréats de l’équerre d’argent 2007 que l’on trouvait dernièrement à la table de Nicolas Sarkozy, mais bien plusieurs des signataires de la pétition.
2- Le « lobby du BTP », pour peu qu’il existe, se régale plutôt des projets spectaculaires, que seuls quelques grands ténors sont capables de fabriquer, et seuls quelques industriels capables d’en mettre au point les technologies…
3- Les architectures spectaculaires peuvent avoir leur légitimité –comme le prouvent parfois ou le contredisent souvent les réalisations des auteurs de la polémiques- mais ne sont en aucun cas la traduction univoque de la complexité sociale, urbaine et architecturale.
Un plaidoyer :
Sur le fond, je n’avancerai pas, comme le fait le texte qui s’effarouche du palmarès de l’équerre 2007, de grandes déclarations de principe ni de manifeste : ceux-ci n’ont jamais bien rimé avec la complexité des temps présents et passés.
Je voudrais plutôt et plus modestement émettre un plaidoyer amoureux en faveur des ruses du quotidien, dont je suis d’accord pour dire avec Frédéric Lenne que le projet lauréat les illustre merveilleusement.
De radical, je n’avancerai que le rejet des a priori, au profit d’une certaine forme de « bricolage ». Qu’on s’entende, le bricolage n’est pas anodin : par sa confrontation nécessaire au déjà-là, qu’il renouvelle perpétuellement, il est sans doute le moteur d’invention et d’innovation le plus légitime et fertile qui soit. Il présume en effet d’une acceptation pleine et entière, souvent jouissive, de la complexité du réel, et, professionnellement, de la volonté tenace d’accomplir un exercice honnête et cohérent.
Ces considérations ne sauraient être mieux résumées que par l’évocation par Michel de Certeau des « mille façons d’instaurer une fiabilité dans les situations subies, c’est-à-dire d’ouvrir une possibilité de les vivre en y réintroduisant la mobilité plurielle d’intérêts et de plaisirs, un art de manipuler et de jouir ». (L’invention du quotidien, arts de faire)
Hubert Lempereur, architecte
Rédigé par : hubert lempereur | 30 novembre 2007 à 18:57
Je trouve ce débat génial.
Finalement, c'est peut-être un peu à cela que doit servir un prix d'architecture.
A se poser des questions, à réagir, à évoluer.
Certainement que tout le monde a un peu raison, mais si cela nous fait repenser notre prochain coup de crayon, et bien Le Moniteur a marqué un point !
J'étais un peu fâché depuis que vous faisiez paraître des articles sur l'écologie sur les mêmes pages web que des pubs pour des véhicules très polluants (qui selon moi ne devraient pas être homologués). Mais vous venez de remonter dans mon estime.
Encore Bravo, et bravo à mes confrères, continuez de débattre, je me régale de vous lire les uns après les autres.
Rédigé par : Julien Vincent | 05 décembre 2007 à 14:36
1999 - une passerelle
2006 - une passerelle
2007 - un pseudo debat anti gestuelle
2008 - une cabane
2009 - un petit nouvel
2010 - le moniteur annule son prix et le remplace par une reelle visite de projets qui se termine en pujilat on dénombre 2 blessés par invective
(les visites ne se font plus depuis longtemps - ce sont des fims (mal nommés) qui donnent à percevoir l'image de l'architecture.)
Il convient de rappeler aux amnésiques quelques points.
Les journalistes n'ont plus le temps de visiter donc de parcourir l'architecture et la notion de temps et lumière disparaissent irrémédiablement de leur connaissance.
Oui le débat est sclérosé, oui le retour des vieux démons du simple et naturel revient.
Oui la volonté du geste procède de l'atrophie perceptive des acteurs de la presse et des medias.
En fait en quoi un geste et une forte idée seraient incompatibles avec l'usage. Comme S. monter les antagonismes, elever les uns contre les z'autres, les jeunes contre les vieux, ceux qui travaillent (et donc sont libre - Auschwitz 1943) contre les paresseux (pas au sens de Lafarg(u)e - pas le cimentier, le philosophe...) ne mène qu'à assoir une puissance à l'instigateur. Banlieue
En d'autres termes, faire croire qu'il y aurait (seulement) deux clans opposés (geste/usage) revient uniquement à assoir la position de celui qui lance le débat, c'est à dire le Moniteur et les puissances des entrepreneurs qui sont derrière.
Escamottant ainsi ce qu'essaie d'etre le projet d'architecture.
Ce n'est pas de débat qu'il s'agit pour nous autres architectes mais d'un combat quotidien, 60 heures par semaine pour qu'un peu plus de rien puisse arriver, par accident.
Si vous lisez ceci - je reconnaitrai l'integrité de ce site.
Rédigé par : trakle | 08 décembre 2007 à 16:52
ca fait plaisir de voir des commentaires pas toujours compréhensibles - voir remarque ci-dessus - qui est un reproche que l'on me fait souvent. J'aime bien voir se débattre une idée pas encore mâture, en train de germer. Bien loin du débat binaire geste contre lèpre...
Au fait, le coup de gueule de Ricciotti a payé, merci Iter ! En d'autre temps Nouvel avait fait le même coup pour le Grand Stade. A ces fumantes prises de position qui renâclent bon le geste commercial ! Coup de gueule contre gueule de loup...
Après demain, c'est le centenaire du lamellé collé, oups du lamellé tout court, car il ne faut plus utiliser l'adjectif 'collé' accolé pour cause de champ lexical malpropre au développement durable, la colle par essence c'est pas propre... Bon sang, mais c'est du bio-blanchiment ! Et pour l'occasion, c'est Frédéric Lenne d'AMC qui tiendra la table ronde, on verra s'il est du côté du geste ou du leste...
Rédigé par : vicarini | 11 décembre 2007 à 12:46
2 commentaires sur cette polémique.
1) Le debat doit interesser 200 personnes en France. Et je pense qu'il n'empeche personne de dormir.
2) Les architectes doivent apprendre à moins se regarder le nombril.
Conclusion : Masturbation intelectuelle sur un sujet qui n'interesse qu'un ultra microcosme.Pas sans interet... mais il y a sans doute une meilleure façon de passer le temps. Vous n'avez pas de plans béton à finir?
A l'epoque victorienne on preconisait des slips en plomb pour cette sale habitude. Le port du casque anti enflement devrait etre preconisé sur les chantiers...
Quand au geste architectural, le mien, concernant cette triste affaire, sera un haussement d'epaule et un hochement de tete, las...
Rédigé par : Thomas LORRAIN , architecte. | 14 décembre 2007 à 09:20
Tout simplement deux citations :
« ne croyez pas que vous puissiez avoir de la bonne architecture en y mettant le prix sans plus.
Ce n’est pas en souscrivant tous les quarante ans à l’érection d’un vaste monument que vous susciterez des architectes inspirés...
C’est seulement par la sympathie et l’intérêt que vous porterez au travail qui se fait chaque jour»
John Ruskin
et puis à l'attention des cuistres et des facheux : les architectes ne construisent pas des temples et des palais a la gloire des dieux et des rois, ils construisent des temples et des palais à la gloire des architectes
Rédigé par : Dominique Jacomet - architecte dplg - directeur du caue de l'Aveyron | 14 décembre 2007 à 12:36
Il est pratiquement imprudent et théoriquement problématique de « distinguer » le commun. Ou bien ce qui est réellement commun ne mérite pas d’être « distingué ». Ou bien ce qui est réellement distingué n’est pas vraiment « commun ». On ne se tire de ce mauvais pas théorique qu’en imaginant un objet « commun » à un certain égard, mais « distingué » pour d’autres raisons. En la circonstance, le débat oppose les partisans d’une architecture-moderne-de-qualité « discrète », qui a été effectivement récompensée par l’Équerre d’Argent, et les tenants d’une architecture-moderne-de-qualité « gesticulante », qui aurait du être récompensée. Mais la discrétion apparente du groupe scolaire Nuyens tient moins à son architecture qu’à son statut urbain, qu’on dirait standard : un îlot entre quatre voies ; d’assez larges trottoirs ; quatre façades ; trois vis-à-vis ; un parc… Dans cette ville ordinaire, régulièrement épannelée et assez bien tracée, les architectes n’ont rien à combattre, rien à dénoncer, rien à proclamer à la face du monde. C’est ailleurs que l’architecture-moderne-de-qualité est « gesticulante » : elle gesticule entre deux bretelles d’autoroute ; elle gesticule aux pieds d’une zone commerciale ; elle gesticule sur les cimes ou dans les entrailles de la ville émergente ; elle gesticule souvent en pure perte, mais en toute légitimité, partout où le projet architectural doit palier aux défaillances du projet urbain. Nathalie Franck et Yves Ballot n’ont pas eut cette chance. Ils n’ont pas eut à ferrailler contre une ville démembrée. Les seuls assauts qu’ils ont à subir sont ceux de leurs confrères.
Rédigé par : Pascal Urbain | 17 décembre 2007 à 18:20
Je travaille dans l’immobilier en tant que Maître d’Ouvrage.
Je trouve intéressant que l’on pose la question de la modestie en architecture.
Merci au Moniteur d’avoir su poser le débat.
Il y a de nombreuse choses à dire et à faire pour réconcilier les architectes en général avec les gens modestes qui en ont assez des architectes qui les prennent pour des cobayes et qui les prennent en otages.
Il est trop facile pour les maîtres d’ouvrages qui ne s’intéressent qu’à l’image et aux médias de ne se référer qu’aux revues d’architecture qui font la mode mondiale.
La modestie de l’architecture pose aussi le débat du respect des autres, des voisins, des architectures différentes ou antérieures, des paysages, des différents participants à l'acte de construire.
Les lois sur l'architecture ont concentré toutes les retombées médiatiques et l'essentiel des responsabilités sur l'architecte, est-ce raisonnable ? ...
Félicitations pour ce débat
Michel Raabe (abonné)
Rédigé par : RAABE Michel | 19 décembre 2007 à 06:33
OK je suis partante pour les débats d'architecture,TOUTE l'architecture qu'elle soit domestique ou monumentale
commune ou emblématique . Bref, en tous cas, je suis entièrement d'accord avec Dominique TESSIER Président du CROAIF pour sa proposition : "Pourquoi n’organisons-nous pas des débats dans la France entière, avec l’appui du réseau des maisons de l’Architecture, des revues, des journaux, de la radio et de la télévision ? Faisons entrer le goût de la controverse dans notre culture sans nous diviser."
Les gents en redemandent mais ils ne trouvent que ... des équerres...
Bravo Dominique !
Agnès Liquard
architecte dplg-urbaniste qualifié opqu
SITE & ARCHITECTURE
26 rue du Chai des farines
33000 BORDEAUX
06 09 27 61 68
Rédigé par : Agnès LIQUARD | 19 décembre 2007 à 12:55
Bonjour,
Oui à la nécessité d’une réflexion sur le monde dans lequel nous vivons, où même les Architectes n’inventent plus et où leur architecture ne surprend plus personne depuis longtemps car trop convenue, trop académique…
Aujourd’hui, les réponses à nos questions se trouvent au-delà de l’architecture et je suis d’accord avec Dominique Tessier quand il écrit que « celles du prestige et celles du quotidien sont tout autant nécessaires car elles répondent à des besoins ».
Voilà la véritable question à laquelle il est urgent de répondre, celle de définir nos véritables besoins, entre le nécessaire et le superflu issu de l’hyper médiatisation dirigée par l’audimat, sans véritable fantaisie, ni imagination.
Nous devons être Architecte là où nous sommes, avec modestie et ambition, pas dans les médias. La vie est là où nous vivons, pas dans la dématérialisation, même si çà excite notre imagination et nous emporte loin de la pesante réalité quotidienne.
S’il est un combat que chaque homme (ou femme) doit mener pour vaincre la pesanteur, c’est bien celui de mettre en adéquation sa vie réelle et sa vie imaginée. Cela porte un nom : mener à bien ses projets. Mais pour ce faire, encore faut-il en avoir des projets, savoir les faire naitre et savoir les faire grandir. C’est un métier. C’est pour cela que je suis Architecte : pour mes projets et ceux des autres hommes qui me le demande…
Alain BRESSO - DGA
Directeur Général des Services Techniques
Ville de Clichy sous Bois
Rédigé par : Alain BRESSO | 19 décembre 2007 à 13:10
Nous avons refusé de publier notre projet de logements rue des Maraîchers à Paris 20ème dans l’annuel AMC 2007.
Nous ne contestons absolument pas le choix du jury qui est certainement excellent.
Par contre la partition binaire entre architecture du quotidien et architecture du geste nous a paru caricaturale.
Pourquoi la cautionner?
L’intérêt d’une publication c’est qu’elle fasse non seulement connaître, mais aussi comprendre des projets dans toute leur épaisseur, leur complexité et leur diversité.
Pour le faire, au travers de ses publications, le groupe Moniteur bénéficie de beaucoup de moyens et d’un statut quasi institutionnel.
Plutôt que de renvoyer les architectes à de faux débats, ce dernier devrait prendre la mesure de l’insatisfaction, et répondre à la question posée qui porte en fait sur les moyens mais aussi les méthodes qu’il a mis en place pour assurer son rôle.
BADIA BERGER Architectes
Paris le 12/12/07
Rédigé par : BADIA marie hélène | 20 décembre 2007 à 19:24
Merci pour ce débat parfois passionné mais toujours passionnant notamment pour quelqu'un qui n'est pas architecte mais plutôt du coté de la maîtrise d'ouvrage.
Il ne me semble pas qu'on puisse opposer des architectures prétendument "du quotidien" et "gesticulatoire". Par contre, il est nécessaire de défendre l'Architecture. Celle qui dialogue avec son site et avec son temps, celle dont la forme image la fonction mais aussi, et c'est l'essentiel, celle qui suscite de l'Emotion.
Celle qui parle à chacun de nos sens et qui interroge notre vécu, notre culture. Celle qui ne nous laisse pas indifférent, qui fait qu'on se retourne ou qu'on s'arrête.
Ce peut être une école, un couvent, un centre chorégraphique, une salle de concert, une passerelle, la modeste maison du voisin ou un tonitruant musée ; au coin de la rue ou dans un ailleurs lointain ; l'architecte peut en être un illustre inconnu ou une pointure...
Parce que chacun, bien que tous n'arrivent pas à l'exprimer et surtout à la communiquer, a en lui cette magie potentielle...
Un prix en architecture peut (et doit!) faire débat. Il doit cependant surtout, à mon sens, garder ce critère de "l'émotion suscitée" comme élément prépondérant du cahier des charges de son jugement. Parce que l'acte de distinguer une oeuvre parmi d'autres, avec toute la part de subjectivité inhérent à ce type d'exercice, doit permettre de toucher l'imaginaire individuel et d'approcher l'extra-ordinaire.
Après, comme lorsqu'on élit une miss et qu'on peut satisfaire son imaginaire d'un physique typé ou d'un autre plus classique, comme dans un concours de poésie où on peut entrer en résonance avec Jean Genet plutôt que Ronsard, tout est question de ressenti personnel.
Reste que s'il n'est pas "juste" dans son environnement par sa symbiose ou sa disjonction, s'il ne procure pas une dose d'émerveillement qui illumine le premier regard, s'il ne dégage pas une sensualité qui donne envie de faire glisser ses doigts sur un mur, un garde corps, s'il ne semble pas vous prendre par la main pour une visite guidée, s'il ne reste pas imprimé dans votre mémoire et votre rétine, et enfin s'il ne vous inspire pas d'abord le silence... un bâtiment gardera toujours le mérite d'exister mais ne méritera pas d'être primé.
Rédigé par : corinne casanova | 29 décembre 2007 à 09:36