Il est de ces dossiers qui resurgissent avec l'approche d'une élection majeure: l'hypothèse d'un 3e aéroport de la région parisienne, susceptible de réduire les nuisances liées aux trafic de Roissy et Orly, revient avec les manifestations de riverains voulant obtenir les assurances des candidats potentiels.
Cette fois, c'est le jeune 1er adjoint au maire de Saint-Maur des Fossés, Jean-Bernard Thonus, qui dégaine le premier, avec la rencontre constitutive de l'"Association des élus d'Ile-de-France pour le développement de l'aéroport de Vatry (ADAV)". Quelques élus, représentant une quarantaine d'inscrits au total, ont rencontré la presse le 14 juin dans les locaux du conseil régional d'Ile-de-France, en présence de Claude Pernes, président de l'association des maires de la région, venu expliquer brièvement qu'une telle démarche ne pouvait aller que dans le bon sens.
On aura compris au seul énoncé de l'ADAV que l'initiative franchit cette fois un cap: les précédents mouvements dénonçaient les nuisances mais laissaient aux responsables le soin de trouver la solution. Deux projets fantômes de plateformes étaient ainsi apparus, chaque fois en pleins champs: le premier à Beauvilliers, en Beauce, après un rapport de Jacques Douffiagues (voici dix ans déjà); le second, en 2001, le ministre Jean-Claude Gayssot, le voyait atterrir à Chaulnes en Picardie. Les habitants des deux zones, heureusement peu nombreux, n'en conservent que le souvenir d'une immense frayeur !
L'association ADAV, cette fois, propose sa solution: développer la plateforme de Vatry dans la Marne, imaginée fin XXe siècle, par le sénateur Albert Vecten, madré président du conseil général de l'époque. Il a pris le pari osé de créer un aéroport de fret de plein exercice, loin de toute agglomération entre Chalons - en -Champagne et Troyes, à proximité de l'autoroute (A26) traversant la Champagne pouilleuse. Pour Vatry, qui se développe bon an mal an, (plus de 37 000 tonnes en 2005, contre 25 000 en 2004) et qui va mettre en construction une seconde aérogare de fret, l'initiative constitue évidemment une aubaine. Le président du conseil général de la Marne, René-Paul Savary, successeur d'Albert Vecten, était donc venu à Paris pour l'occasion, dans sa Ford Focus roulant au bio-éthanol, expliquer aux journalistes combien "Vatry se situe dans une logique d'aménagement durable".
"Pour Jean-Bernard Thonus, président de l'ADAV, on est au bout de la logique à deux aéroports. Soyons concrets, plaide-t-il, Vatry c'est une solution à portée de main pour dégager l'Ile de France d'un grand nombre de vols et du trafic des nombreux camions venus simplement à Roissy et Orly chercher du fret à emporter en province."
Le slogan de l'ADAV consistera donc à "rapprocher Vatry de Paris", en complétant l'aménagement de la RN4, et en créant une bretelle TGV de Vatry jusqu'à la LGV Est. L'association veut convaincre les deux conseils régionaux de Champagne-Ardenne et d'Ile de France d'inscrire ces liaisons dans leurs prochains contrats de projets.
Après tout, en 2003, Dominique Bussereau, alors secrétaire d'Etat aux Transports, visitant la LGV Est, estimait nécessaire de raccorder Vatry à la ligne à grande vitesse soit par un raccordement direct soit par électrification de la ligne Châlons-Vatry. Dans la Marne, on a de la mémoire et de la suite dans les idées.
François Perrier

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