Une page blanche. L’avenir est à écrire, et c’est une merveilleuse perspective que de devoir créer soi-même notre propre futur, au lieu de reprendre celui que l’histoire nous impose. Adieu les pantoufles de nos parents, vive les bottes de sept lieues, pour avancer vers d’autres mondes.
C’est ce que le développement durable nous propose. Ce n’est pas un retour au passé, bien au contraire, un retour dont le coût humain serait énorme, mais un pari sur l’avenir, et surtout sur l’Homme, et sa capacité à analyser, à anticiper, à trouver des issues là où un premier regard ne voit que des impasses. Un pari sur l’intelligence.
Comment a-t-on pu présenter le développement durable comme une obligation, voire une sorte de rédemptions pour nos fautes commise vis-à-vis de la planète ? Ce n’est pas sur la culpabilité que l’on construit l’avenir, mais sur des perspectives. La conférence de Copenhague se présente comme un marchandage sur les efforts à se partager pour « sauver la planète », et nous voyons tous les difficultés que cette approche suscite. Pourquoi ne pas adopter un autre angle d’attaque, à savoir la prise de participation dans une formidable entreprise : poser les fondations d’un monde « fini », avec de nouvelles règles de fonctionnement, qui permette un développement non prédateur auquel tout être humain puisse prétendre, chacun avec sa sensibilité.
Le développement fondé sur des prélèvements sans limites est à bout de souffle. Les stocks de plusieurs matières critiques s’épuisent, ou sont de plus en plus difficiles d’accès. Ou bien ce sont les conséquences de ce déstockage qui conduisent à l’impasse, comme l’effet de serre et la mise en circulation de quantités de produits toxiques et de métaux lourds, auparavant diffus ou piégés dans une masse inerte. Les grandes comptabilités et leurs indicateurs sont même muets sur l’évolution de ces stocks sur lesquels l’avenir devrait compter, ou sur les accumulations de poisons susceptibles de remettre en cause l’avenir de l’humanité.
Il faut trouver un nouveau modèle, fondé sur l’exploitation des flux, de la richesse produite chaque année sur la planète grâce à l’énergie qu’elle reçoit du soleil. L’énergie circulant à la surface de la planète et dans ses profondeurs est abondante, le moindre courant marin charrie des centaines de fois toute l’énergie consommée au monde.
La mobilisation des intelligences pour trouver de nouveaux modes de production est urgente, et c’est une opportunité unique pour écrire quelques paragraphes de la page blanche. L’ingénierie est aux premières loges. Sous toutes ses formes, technique mais aussi humaine, sociale. La marche forcée lancée en France vers le bâtiment à énergie positive en est une illustration lumineuse. Il y a peu, les rapports officiels que je préfère ne pas citer constataient que la division par quatre des gaz à effet de serre était impossible. Nous allons dans le mur, mais on ne peut rien faire ! En fixant des objectifs ambitieux, notamment « au moins un éco-quartier avant 2012 (en continuité avec l’existant et intégré dans l’aménagement d’ensemble) dans toutes les communes qui ont des programmes de développement de l’habitat significatif et une quinzaine de grands projets d’innovation énergétique, architecturale et sociale », le Grenelle prend le contrepied des approches traditionnelles, et met la pression sur les acteurs pour les amener à se dépasser, à trouver ensemble des réponses originales. Toutes les ingénieries sont mises au défi, ce qui leur offre une magnifique occasion de manifester leur intelligence. A défaut, l’exécution traditionnelle, juste améliorée à la marge, ferait les affaires des « suiveurs », de ceux qui n’innovent pas mais reprennent les savoirs et les brevets qui tombent dans le domaine public, qui vendent les produits « sur étagère » au lieu de chercher le sur mesure qui valorisent au mieux les innovations.
Le développement durable est le meilleur allié des inventeurs, il permet aux innovateurs de conserver un avantage compétitif sur les suiveurs. L’ingénierie est au cœur de la croissance verte, à la fois acteur clé et bénéficiaire, tout comme les architectes et les urbanistes, les industriels qui créent des produits de plus en plus performants, les entreprises qui voient leur métier transformé, modernisé. Les gestionnaires, exploitants, mainteneurs en tous genres seront aussi mis sous pression pour assurer un fonctionnement à la hauteur, comme la publication récente du certificat HQE exploitation le montre.
Il y a un prix à payer, un effort d’adaptation, qu’il faut bien sûr aider, accompagner avec détermination. Laisser chaque acteur isolé devant la tâche serait irresponsable, mais c’est un investissement collectif à forte rentabilité. Les grands prix comme celui de l’ingénierie attribué officiellement le 22 octobre, ou celui qui vient d’être décerné le 4 novembre sur les quartiers durables font partie de cet accompagnement, de même que le réseau de centres de ressources sur la construction durable que l’ADEME et ses partenaires ont présentés à l’occasion du salon BATIMAT. Le développement durable offre un cadre pour sortir des routines, voire des ornières. S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer !

Bonjour M. Bidou. On peut compléter votre propos avec ma chronique "la technologie va tout résoudre ?" sur www.michel-lerond.com
Michel Lerond
Rédigé par : Michel Lerond | 25 novembre 2009 à 13:17
Monsieur BIDOU, ce texte a des ambitions à mon sens irréalisables parce que basées sur une énorme contradiction : en effet, comment un système tel que celui qui dirige le monde aujourd'hui, basé sur le pouvoir du profit et du formatage d'esprit, pourrait-il se discréditer, voire accepter une remise en question fondamentale DE SES RÈGLES pour laisser la bride sur le cou aux capacités de l'homme à inventer la poursuite de la place que son espèce y tient tout en conjuguant le verbe "s'adapter" à l'unisson de 7 milliard de voix en croissance exponentielle? Je ne suis pas adepte de la régulation forcée ou "raisonnées" par des états encore plongés dans des guerres de religion ... Je constate simplement que la volonté de ceux qui font la pluie et le beau temps ne permettra pas à votre utopie d'aboutir.... sans passer par la mienne : abolir deux pouvoirs : celui de l'argent et celui des religions... pour agir durablement dans le bon sens sur la réalité.
Rédigé par : Danielle Lerond | 25 novembre 2009 à 13:44