« avril 2008 | Accueil | juin 2008 »

Sports

En prélude à l’Euro de football, le Moniteur Expert publie une présentation des stades de Suisse et d’Autriche qui accueilleront la compétition. Un tour d’horizon éloquent, qui montre une évolution formidable dans la conception des équipements sportifs, avec la volonté très forte de s’intégrer dans la ville et dans l’environnement. Les stades deviennent notamment des centrales énergétiques solaires. Espérons que le futur grand stade de Lyon, dont on parle également ces derniers jours,  sera au diapason des réalisations suisses et autrichiennes. Et aussi celui de Lille, etc.

Il y a aussi les jeux olympiques, pour faire parler du sport. Pas celui des enfants dans les écoles ou les centres sportifs, mais le sport de haut niveau, vitrine des grandes et moins grandes nations, mettant en jeu d’immenses intérêts financiers. Les risques d’excès en tous genres sont au rendez-vous, à la mesure des enjeux économiques et politiques (1), avec une bonne dose de nationalisme et de chauvinisme, le dopage et la tricherie, les combines et la corruption. Mais voilà une manière formidable de produire de l’immatériel, de la richesse impalpable partagée entre des millions de personnes qui y trouvent leur fierté, leur plaisir, et une occasion de participer à une fantastique communion. L’émotion ressentie par ces millions d’êtres humains, aux quatre coins du monde et sans problème de langue, représente une valeur extraordinaire, sociale et économique. Il faut bien sûr maîtriser les abus qui se manifestent ici et là, et aller voir du côté de l’environnement, pour vérifier que toute cette activité est bien durable.
Depuis quelques olympiades, les jeux doivent montrer patte blanche sur de point, ceux de Sidney, en 2000, ayant marqué ce tournant très important. Le sport n’est plus une valeur isolée du reste du monde, il doit s’intégrer dans une perspective plus large, dans la société et dans son époque. Les valeurs sociales et environnementales sont ainsi clairement affichées comme constitutives de l’esprit olympique. Le comité international olympique, sur la sellette aujourd’hui à propos de Pékin, a progressivement pris conscience des enjeux environnementaux, et traduit cette préoccupation dans ses règles, notamment en 1996 dans la charte olympique. Trois ans plus tard, c’est symboliquement à Rio de Janeiro qu’il adopte son agenda 21, au cours de la troisième conférence mondiale sur le sport et l’environnement. Chaque Etat est invité à prolonger ce travail en le déclinant dans son contexte spécifique, et c’est en 2003 qu’est publié le programme du sport français en faveur du développement durable, l’agenda 21 du Comité national olympique et sportif français (2). Les préoccupations environnementales y sont fortement présentes, dans un chapitre consacré à Une gestion et une organisation du sport respectueuse de l’environnement. Aux côtés d’exigences pédagogiques sur l’environnement, on y trouve des objectifs sur les sites, les matériels sportifs, et même les transports nécessaires à la pratique du sport, qui doivent être économes en énergie et faiblement polluants. Un volet intégration sociale, lutte contre l’exclusion et le dopage, promotion de la santé, et un volet économique, faire du sport une source de richesse pour les territoires,  permettent de couvrir l’essentiel des enjeux, en faisant du développement durable une nouvelle approche des politiques sportives. Un beau programme, dont on ne parle pas assez, peut-être parce qu’encore mal intériorisé par les responsables sportifs des différentes disciplines, malgré les efforts de certaines associations (3). De bons principes et de bonnes recettes pratiques sont aujourd’hui à la disposition de toutes les bonnes volontés. Il n’est plus excusable de défoncer des forêts pour y insérer des pistes de ski, de rompre l’équilibre des cours d’eau et des les transformer en dépotoirs, de piétiner allègrement des stations botaniques et de déranger les couvées au motif d’une pratique sportive ou de plein air.
Il est possible de bien faire, mais encore faut-il être informé et en avoir envie. Les sports de nature, comme l’escalade, la randonnée, le vélo tout terrain, la voile et le rafting, et bien d’autres encore ont un rôle particulier à tenir, mais l’exigence s’étend à bien d’autres aspects que le respect de l’environnement de proximité. L’effet de serre est concerné par les transports et l’énergie nécessaire pour fabriquer les matériels, et même pour les faire fonctionner quand il s’agit de sports mécaniques.
Revenons au le sport de haut niveau, celui des championnats et les jeux olympiques, par rapport à celui de tout le monde et de tous les jours, pratiqué juste pour se faire plaisir ou se maintenir en forme. Il donne de l’émotion, il ouvre des perspectives d’ascension sociale et il élargit ainsi le champ de la réussite, il permet à bien des jeunes et des moins jeunes de s’identifier à des vedettes et de se positionner dans la société. L’ambiance des cafés qui retransmettent les grands évènements sportifs est là pour témoigner de la ferveur qui règne autour de ces moments privilégiés.
Le sport de haut niveau doit savoir aller au-delà du sport. Les moyens financiers mis au service d’un évènement sportif doivent avoir des retombées dans tous les domaines : on sait que les équipements construits pour les jeux doivent trouver une seconde vie par la suite,  et que ce genre d’évènements permet de lancer et de financer en partie de grandes opérations d’aménagement, de transports, qui auraient attendu des dizaines d’années sans cela. Le dopage est bien sûr présent dans les esprits, et ne peut que dégrader l’image du sport. Mais à l’inverse, le suivi sanitaire des athlètes, la médecine du sport, la diététique mise au point dans la préparation des compétitions ont-ils des prolongements en termes de santé publique, de connaissances sur le corps humain et son fonctionnement, sur certains handicaps et la manière de les surmonter ?
La matière première du sport est le corps humain, seul ou en équipe. Il en dévoile l’intelligence, il met en scène ses efforts et ses exploits.  C’est une matière exceptionnelle, qui donne  bien des responsabilités, et la tentation est grande d’instrumentaliser le corps humain quand les intérêts économiques et politiques s’en mêlent.

1 - Vous permettrez que la question du boycott des jeux, si présente dans l’actualité, ne soit pas abordée dans cette chronique qui tente de prendre un peu de recul sur le sport, pour mieux sauter, bien sûr !
2 - www.franceolympique.com
3 - Citons notamment l’association pour l’information et la recherche sur les équipements de sport et de loisirs, AIRES, et Entreprises Territoires et Développement, ETD, qui ont publié en mai 2007 une brochure : Le sport, un levier pour le développement durable des territoires. www.aires.asso.fr et www.projetdeterritoire.com

Médecin

Certaines professions manquent dramatiquement de bras, ou de cerveaux. Prenons le cas des médecins, professions réglementée, et parfaitement encadrée pourrait-on croire.
La France manque de médecins. Nous allons les chercher à l’étranger, et des échos dans la presse nous rapportent des situations peu glorieuses, de praticiens à peine reconnus, maintenus dans des statuts précaires, sous-payés par rapport à leurs confrères français, ou plutôt ayant obtenus des diplômes français. Cette chasse aux médecins et autres professions médicales ne semble pas avoir beaucoup d’égards vis-à-vis des pays d’origine, dont on peut penser qu’ils sont eux aussi en situation de pénurie, et où ces praticiens seraient sans doute très utiles. Nous leur offrons malgré des discriminations, des conditions de vie plus attractives que celles qu’ils trouvent dans leur pays. Pourtant, le déficit français en professions médicales n’était pas une fatalité. Il est le fruit d’une politique à courte vue, incapable d’intégrer convenablement le durée, le facteur temps, un des éléments essentiels de toute politique de développement durable.
La pyramide des âges est un outil bien connu pour prévoir l’évolution d’une population. Celle des médecins évolue avec des entrées, qui viennent du système de formation, et les sorties, par départ à la retraite, abandon du métier, décès, ou migration. La régulation se fait essentiellement par le volume des entrées, maîtrisé par les pouvoirs publics qui déterminent le nombre d’étudiants et de diplômes. Une seule contrainte, intégrer l’inertie des phénomènes démographiques. Les mouvements sont lents, et le pilotage doit anticiper largement. L’augmentation ou la réduction du nombre des étudiants est lié à la capacité d’accueil d’externes et d’internes, et ne peut pas se décréter brutalement. A une époque, les pouvoirs publics ont estimé que l’augmentation du nombre de médecins était trop forte, et qu’il fallait réduire les effectifs. Le numérus clausus a été introduit, avec l’objectif de diviser par deux le nombre des étudiants sortant de l’université, au rythme de -10% par an pendant la transition. Bien sûr, les statistiques étaient floues, selon les sources et les modes de décompte des praticiens, mais c’est manifestement l’obsession de la maîtrise des dépenses de santé qui a aveuglé les responsables. La chute des effectifs de médecins en activité, pourtant bien prévisible, a été une mauvaise surprise. Le phénomène est d’autant plus sévère que les lieux d’implantation des cabinets sont défavorisés : Il y a quatre fois plus de médecins à Paris qu’en Seine St Denis. La remontée des effectifs est lente, et ne résout pas le problème des territoires délaissés.
C’est que les jeunes ne s’installent pas n’importe où. Ils se déterminent en fonction de plusieurs critères, tenant aux conditions d’exercice de leur art et à leur cadre de vie personnelle. Il est de bon ton de se lamenter sur les inégalités flagrantes d’accès à la médecine, selon les lieux où l’on habite, la ville ou la campagne profonde, le Nord ou le Sud, etc. C’est baisser les bras un peu vite, et abandonner le champ de bataille sans même essayer de se battre. Le développement durable consiste à écrire un nouvel avenir pour l’humanité, à toutes les échelles, en commençant par le quartier ou le village. Il faut donc chercher sur quels leviers agir pour permettre une autre implantation des jeunes médecins, pour lutter contre une fatalité qui n’en est pas  une. Au plan professionnel, il faut favoriser la création de cabinet de groupes, l’appartenance des médecins à des réseaux qui enrichissent l’exercice du métier, et rompent l’isolement qui guette les professions libérales. Le coût de l’installation, des matériels modernes exigés pour la sécurité des patients, demandent souvent une aide spécifique. Les villes, et les communes rurales habilement regroupées, disposent de moyens pour accompagner l’installation des jeunes médecins dans de bonnes conditions, mais ça ne suffit pas. C’est dès l’université qu’il faut agir pour préparer des futurs praticiens à un exercice de leur profession dans des conditions différentes de celles auxquelles ils pensent a priori. C’est un travail à engager en amont, et en profondeur. Curieusement, l’exemple nous vient d’Amérique, un pays où la médecine est souvent présentée comme sélective, voire commerciale, et animée plutôt selon des modèles économiques que des objectifs sociaux. Plusieurs facultés (1) ont monté des programmes spécifiques pour identifier les jeunes motivés par une installation dans des territoires déshérités, pour les former et les préparer à y vivre et exercer leur métier. Les Etats-Unis sont en première ligne, comme le Canada ou encore l'Australie, trois pays confrontés très vite au problème des grands espaces et de l'accès aux soins. Et donc à une pénurie et une disparité flagrante beaucoup plus tôt que les pays européens. Allons au bout du raisonnement : ce constat de manque de médecins, notion toute relative, est l'occasion d’adapter à notre époque les modes d'exercice, et cela dés la fac. C’est la vertu des crises, d’aider de passer aux actes alors que les données du problème étaient sur la table depuis toujours. Et il n'y a pas que les professions de santé qui spoient concernées.
L’analyse de la population des médecins, de leur nombre, de leur répartition par type de médecine, générale ou spécialisée, de leur implantation géographique, est instructive. Elle illustre les difficultés d’anticipation, et le risque d’aveuglement que produit une obsession, même légitime, comme la maîtrise de certaines dépenses. Elle montre aussi le rôle de la volonté que certains appellent politique, et qui doit être partagée par des acteurs d’origines parfois très différentes, comme des élus ruraux et des professeurs de médecine. Le monde que le développement durable produira n’existe pas, il faut le construire collectivement et il demande pour cela une écoute plus attentive des besoins exprimés, une imagination dans le choix des moyens mis en œuvre, une capacité d’anticipation et une sérénité pour intégrer les exigences d’aujourd’hui sans compromettre l’avenir… Tiens ? Cette histoire de médecins me renvoie à la définition officielle du développement durable (2) !

Merci à Edouard Bidou de ses nombreux apports, notamment tirés de sa thèse de médecine en santé publique.

1 Notamment Université Thomas Jefferson à Philadelphie, l’université de Californie à Los Angeles, l’école de médecine de l’Ontario du Nord au Canada
2 Le développement soutenable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Rapport Brundtland, Notre avenir à tous, Editions du fleuve, 1987

Bon sens

Quand j’entends dire que le développement durable est simple affaire de bon sens, je me méfie. C’est comme les Monsieur Jourdain qui « font du développement durable » sans le savoir. Je pense alors à Esope et à sa langue, la meilleure et la pire des choses.
La meilleure, parce qu’il arrive effectivement, et c’est heureux, que certaines pratiques courantes soient empreintes de sagesse, que le « bon sens populaire »  ait intégré depuis toujours des règles que quelques esprits forts prétendent aujourd’hui pouvoir enfreindre sans problème. Qu’une bonne partie de nos habitudes et de nos règles de comportement soient spontanément « durable » est une bonne chose, à préserver et à amplifier si possible.
Attention toutefois à la dérive conservatrice. Le bon sens devient vite la répétition sans discussion des pratiques anciennes, on fait comme on a toujours fait ! Et l’homme de bon sens de regarder de haut celui qui s’escrime à imaginer des choses inédites, à explorer des voies nouvelles. Le développement durable s’appuie assurément sur quelques règles de bon sens, mais il a énormément besoin d’innovation. Il a même parfois besoin de transgression, sous contrôle, avec précaution, pour aller voir au-delà de ce que l’on imagine. Gardons nous de l’affirmation c’est du bon sens, jetée comme démonstration pour masquer l’absence d’argument sérieux, fondés sur l’observation ou la déduction.
Il faut remettre le bon sens en question, régulièrement. Il véhicule des croyances, des modèles culturels, il correspond à l’état des connaissances en un lieu et en un temps donné. Les règles du bon sens ne sont pas absolues. Nous admirons Parmentier, l’homme de la pomme de terre, qui a su faire preuve d’une grande astuce pour convaincre ses contemporains de l’intérêt de ces tubercules. Tout homme de science qu’il fût, il a défendu fermement que l’eau de la Seine à Paris, qui recevait directement toutes les saletés de la ville, était meilleure pour la santé que l’eau de source. Si les buveurs d’eau voulaient goûter avec attention celle de la Seine, ils trouveraient sans doute de la différence dans l’eau puisée au dessus de Paris ou dans son enceinte : cette dernière a évidemment plus de ténuité, de légèreté, et de saveur ; ce n’est point qu’elle renferme une plus grande quantité de matières salines et extractives, mais elle possède une surabondance d’air, qui s’y forme au moyen du mouvement augmenté dans son passage par l’impulsion que lui communique l’arrivée des matières qu’on y jette (1). Bon sens hier qui ne l’est plus aujourd’hui. Sans doute rira-t-on dans quelques siècles de certaines de nos croyances trop facilement appelées bon sens.
Si ce fameux bon sens nous porte à la prudence, il faut s’en féliciter. Les usages traditionnels ont leurs fondements, et il ne faut pas s’en écarter sans avoir évalué les risques encourus. Connaître les mécanismes qui ont conduit aux règles de bon sens est à ce titre une des voies du progrès.
A l’inverse, si le bon sens conduit de fait à la paralysie, en prenant toute la société à témoin de certitudes qui n’en sont pas, le bon sens devient l’ennemi du développement durable.
Développement durable et bon sens sont donc faits pour s’entendre, pourvu que l’on dépasse un fétichisme du bon sens, qu’on le désacralise. Prenons-le alors comme un signal, une borne que l’on ne franchit pas sans adopter une politique de prudence, où précaution, réversibilité, étude d’impact, sont des maîtres mots.

1 Antoine Augustin Parmentier, Dissertation physique, chimique et économique sur la nature des eaux de la Seine, Paris, 1775, cité par Françoise Nowak dans Ces métiers qui donnent de l’eau aux Parisiens, Editions du pavillon de l’eau, Paris, 2007

Défaut

La perfection n’est pas de ce monde, mais nous serions coupables de ne pas la prendre comme référence. Les démarches de progrès sont des instruments justement conçus pour ça, pour aller sans cesse un peu plus loin, réduire les quelques défauts qui peuvent subsister, ou qui se révèlent au fur et à mesure que l’on avance. Le développement durable, qui doit permettre à neuf milliards d’êtres humains de vivre dignement dès 2050, et pour longtemps, sans pour autant nous obliger à se serrer la ceinture, nous conduit sur une démarche de progrès, où nous cherchons ensemble des réponses originales aux nombreux défis qui nous sont proposés. Zéro défaut, vision un peu rude de la qualité, tel est l’objectif symbolique qui anime notre marche vers un développement durable.
Cette recherche du zéro défaut n’est pas nouvelle. Elle s’est notamment développée pour la conquête spatiale. Analogie intéressante, avec d’un côté la planète et de l’autre le vaisseau spatial : les échelles sont différentes, mais l’idée que l’on doit trouver des solutions avec les moyens du bord est bien présente dans les deux cas. Le zéro défaut s’impose dans l’espace, où chaque faute peut être mortelle, peut conduire à la désagrégation du vaisseau. Les secours sont bien compliqués à mettre en place, et aléatoires. Des procédures très strictes ont ainsi été mises au point, de manière à s’assurer que toutes les pièces des engins, tous les instruments, toutes les charnières et tous les rouages fonctionnent bien, et que les défaillances éventuelles, inévitables malgré toutes ses sécurités, seront repérées au plus vite et corrigées avant qu’elles n’aient de trop graves conséquences. Ces procédures n’ont pas pu éviter toutes les catastrophes, mais leur efficacité est reconnue, et elles constituent une des retombées les plus fructueuses de l’aventure spatiale.
Revenons sur terre, dans tous les sens du terme. La marée noire autour de la raffinerie de Donges, en ce début de printemps 2008, nous montre que le zéro défaut est encore bien loin. C’est grave pour l’estuaire de la Loire, c’est grave aussi pour le développement durable.
Ces zones de contact, entre la mer et le continent, sont des territoires aux multiples enjeux, économiques et naturels notamment. Ce sont des lieux d’échanges, économiques et biologiques, ce sont des lieux de création de richesse. Ils sont les plus précieux, nous devons les choyer, les protéger tout en exploitant leur situation privilégiée. Un défi passionnant à relever, et exigeant pour toutes les activités et tous les acteurs qui s’y côtoient. Force est de constater que les mesures de sécurité, nécessaires pour pouvoir exploiter des installations à risques dans des territoires sensibles, n’ont pas été suffisantes. Des manipulations dont chacun peut a posteriori constater les dangers ne se font pas en milieu confiné, les secours n’ont pas empêché la pollution d’atteindre des milieux riches mais fragiles. Tout laisse penser que la culture de la sécurité était bien insuffisante.
Il n’y aura pas de développement durable sans coexistence, sur les mêmes territoires ou à proximité, de richesse biologique, de villes et de concentrations humaines, et d’activités potentiellement dangereuses. Dans le parc naturel du Vexin français, Val d’Oise, de nombreuses voix s’élèvent contre l’exploitation de carrières, au motif d’une incompatibilité entre cette activité et la protection de l’environnement. Le besoin de matériaux pour assurer un habitat décent à des millions de franciliens est oublié, ou bien repoussé d’un revers de manche : il n’y a qu’à les chercher plus loin ! Outre que le problème est gentiment repassé à d’autres, merci pour eux, c’est ignorer le poids des transports dans le coût environnemental des matériaux de construction. Refuser les carrières dans les territoires très peuplés, c’est alourdir considérablement la facture environnementale et l’empreinte écologique (1) de ces territoires. Il faut donc bien parvenir, dans des territoires de grande qualité, à la cohabitation d’activités de type industriel, à une forte densité humaine, et à une valorisation des ressources naturelles. Une cohabitation constructive, active et non simplement subie faute d’avoir pu l’éviter. La confiance entre les acteurs, la certitude que chacun, et notamment les plus puissants d’entre eux, adoptent avec rigueur la discipline nécessaire pour permettre cette cohabitation, deviennent ainsi des facteurs de développement durable. L’attitude zéro défaut est bien loin de l’obsession je ne veux voir qu’une seule tête ; elle s’inscrit dans une politique générale, dans une logique de progrès social dont elle est un des instruments les plus efficaces.

1 - Voir Hectare,  chronique publiée en juillet 2006 et n°30 dans Coup de shampoing sur le développement durable, Editions IbisPress, 2007

Un blog

A propos de ce blog

  • C'est par touches successives que le tableau du développement durable est composé sur ce site. Des touches construites à partir d'un mot, mot simple inspiré de l'actualité ou de la vie de tous les jours. Ni une encyclopédie ni un traité de morale, ce blog est une invitation à donner un sens au développement durable, au jour le jour, dans les actes, et avec une conviction bien accrochée : que nous avons tous à y gagner ! Chaque lundi.

A propos de l'auteur


  • Ingénieur et démographe de formation, Dominique Bidou a acquis la conviction que pour mobiliser nos concitoyens au développement durable, il ne faut ni leur donner de leçons, ni les culpabiliser, mais leur en donner envie. Ancien directeur au ministère de l’environnement et président d’honneur de l’association HQE, il est l’auteur d’un ouvrage sur le développement durable : « Tous gagnants, la dynamique du développement durable », publié aux éditions Ibis Press (2004) et de "Coup de shampoing sur le développement durable", également chez Ibis Press (2007).

A propos des commentaires

  • Les commentaires sont modérés. Ils apparaîtront dès qu'ils auront été validés par les auteurs.

    La rédaction du "Moniteur" se réserve le droit de publier certains commentaires dans l'hebdomadaire.

Les commentaires récents