Sports
En prélude à l’Euro de football, le Moniteur Expert publie une présentation des stades de Suisse et d’Autriche qui accueilleront la compétition. Un tour d’horizon éloquent, qui montre une évolution formidable dans la conception des équipements sportifs, avec la volonté très forte de s’intégrer dans la ville et dans l’environnement. Les stades deviennent notamment des centrales énergétiques solaires. Espérons que le futur grand stade de Lyon, dont on parle également ces derniers jours, sera au diapason des réalisations suisses et autrichiennes. Et aussi celui de Lille, etc.
Il y a aussi les jeux olympiques, pour faire parler du sport. Pas celui des enfants dans les écoles ou les centres sportifs, mais le sport de haut niveau, vitrine des grandes et moins grandes nations, mettant en jeu d’immenses intérêts financiers. Les risques d’excès en tous genres sont au rendez-vous, à la mesure des enjeux économiques et politiques (1), avec une bonne dose de nationalisme et de chauvinisme, le dopage et la tricherie, les combines et la corruption. Mais voilà une manière formidable de produire de l’immatériel, de la richesse impalpable partagée entre des millions de personnes qui y trouvent leur fierté, leur plaisir, et une occasion de participer à une fantastique communion. L’émotion ressentie par ces millions d’êtres humains, aux quatre coins du monde et sans problème de langue, représente une valeur extraordinaire, sociale et économique. Il faut bien sûr maîtriser les abus qui se manifestent ici et là, et aller voir du côté de l’environnement, pour vérifier que toute cette activité est bien durable.
Depuis quelques olympiades, les jeux doivent montrer patte blanche sur de point, ceux de Sidney, en 2000, ayant marqué ce tournant très important. Le sport n’est plus une valeur isolée du reste du monde, il doit s’intégrer dans une perspective plus large, dans la société et dans son époque. Les valeurs sociales et environnementales sont ainsi clairement affichées comme constitutives de l’esprit olympique. Le comité international olympique, sur la sellette aujourd’hui à propos de Pékin, a progressivement pris conscience des enjeux environnementaux, et traduit cette préoccupation dans ses règles, notamment en 1996 dans la charte olympique. Trois ans plus tard, c’est symboliquement à Rio de Janeiro qu’il adopte son agenda 21, au cours de la troisième conférence mondiale sur le sport et l’environnement. Chaque Etat est invité à prolonger ce travail en le déclinant dans son contexte spécifique, et c’est en 2003 qu’est publié le programme du sport français en faveur du développement durable, l’agenda 21 du Comité national olympique et sportif français (2). Les préoccupations environnementales y sont fortement présentes, dans un chapitre consacré à Une gestion et une organisation du sport respectueuse de l’environnement. Aux côtés d’exigences pédagogiques sur l’environnement, on y trouve des objectifs sur les sites, les matériels sportifs, et même les transports nécessaires à la pratique du sport, qui doivent être économes en énergie et faiblement polluants. Un volet intégration sociale, lutte contre l’exclusion et le dopage, promotion de la santé, et un volet économique, faire du sport une source de richesse pour les territoires, permettent de couvrir l’essentiel des enjeux, en faisant du développement durable une nouvelle approche des politiques sportives. Un beau programme, dont on ne parle pas assez, peut-être parce qu’encore mal intériorisé par les responsables sportifs des différentes disciplines, malgré les efforts de certaines associations (3). De bons principes et de bonnes recettes pratiques sont aujourd’hui à la disposition de toutes les bonnes volontés. Il n’est plus excusable de défoncer des forêts pour y insérer des pistes de ski, de rompre l’équilibre des cours d’eau et des les transformer en dépotoirs, de piétiner allègrement des stations botaniques et de déranger les couvées au motif d’une pratique sportive ou de plein air.
Il est possible de bien faire, mais encore faut-il être informé et en avoir envie. Les sports de nature, comme l’escalade, la randonnée, le vélo tout terrain, la voile et le rafting, et bien d’autres encore ont un rôle particulier à tenir, mais l’exigence s’étend à bien d’autres aspects que le respect de l’environnement de proximité. L’effet de serre est concerné par les transports et l’énergie nécessaire pour fabriquer les matériels, et même pour les faire fonctionner quand il s’agit de sports mécaniques.
Revenons au le sport de haut niveau, celui des championnats et les jeux olympiques, par rapport à celui de tout le monde et de tous les jours, pratiqué juste pour se faire plaisir ou se maintenir en forme. Il donne de l’émotion, il ouvre des perspectives d’ascension sociale et il élargit ainsi le champ de la réussite, il permet à bien des jeunes et des moins jeunes de s’identifier à des vedettes et de se positionner dans la société. L’ambiance des cafés qui retransmettent les grands évènements sportifs est là pour témoigner de la ferveur qui règne autour de ces moments privilégiés.
Le sport de haut niveau doit savoir aller au-delà du sport. Les moyens financiers mis au service d’un évènement sportif doivent avoir des retombées dans tous les domaines : on sait que les équipements construits pour les jeux doivent trouver une seconde vie par la suite, et que ce genre d’évènements permet de lancer et de financer en partie de grandes opérations d’aménagement, de transports, qui auraient attendu des dizaines d’années sans cela. Le dopage est bien sûr présent dans les esprits, et ne peut que dégrader l’image du sport. Mais à l’inverse, le suivi sanitaire des athlètes, la médecine du sport, la diététique mise au point dans la préparation des compétitions ont-ils des prolongements en termes de santé publique, de connaissances sur le corps humain et son fonctionnement, sur certains handicaps et la manière de les surmonter ?
La matière première du sport est le corps humain, seul ou en équipe. Il en dévoile l’intelligence, il met en scène ses efforts et ses exploits. C’est une matière exceptionnelle, qui donne bien des responsabilités, et la tentation est grande d’instrumentaliser le corps humain quand les intérêts économiques et politiques s’en mêlent.
1 - Vous permettrez que la question du boycott des jeux, si présente dans l’actualité, ne soit pas abordée dans cette chronique qui tente de prendre un peu de recul sur le sport, pour mieux sauter, bien sûr !
2 - www.franceolympique.com
3 - Citons notamment l’association pour l’information et la recherche sur les équipements de sport et de loisirs, AIRES, et Entreprises Territoires et Développement, ETD, qui ont publié en mai 2007 une brochure : Le sport, un levier pour le développement durable des territoires. www.aires.asso.fr et www.projetdeterritoire.com

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