L'évènement "Positif", c’est aujourd’hui le bâtiment à énergie positive. Beau défi à relever, alors que le secteur du bâtiment consomme en France à peu près 45% de l'énergie. Comment l'idée en est-elle venue ?
Tout d'abord, l'énergie la moins cher, et la moins polluante est celle que l'on ne consomme pas, ou que l’on consomme sans avoir à la produire. Elle se produit toute seule, avec des mécanismes naturels : le soleil derrière une vitre, la chaleur animale (et en premier lieu la nôtre, celle des humains, équivalent à une centaine de watts), celle des nombreux équipements comme le frigo, l’ordinateur, les lampes qui chauffent toujours un peu, même celles à basse consommation.
Aujourd’hui, on sait construire une maison qui ne consomme presque rien, sans que ce soit une grotte, avec des fenêtres minuscules, et des murs d'un mètre de large, consommant au passage des tonnes de matières à extraire dans des carrières. Pour se chauffer, très peu d'énergie est nécessaire, compte tenu de l'isolation et des « apports gratuits ». Il faut quand même se laver, et l'eau chaude, c'est quand même un progrès. Il faut se nourrir, donc conserver des aliments au froid, et faire la cuisine. Sans oublier un coup d’aspirateur de temps en temps, la télévision et ses accessoires, l'ordinateur, le lave-linge et la machine à laver la vaisselle, la radio, etc.
Tout ça représente de l'énergie, et on en a besoin, même si on n’achète que des équipements très performants, classés A+ dans les étiquettes d’efficacité énergétique, et si on fait attention aux nombreuses veilleuses (1) dont nos appareils modernes sont truffés. La maison « passive » ne suffit pas, même si on divise par 10 la consommation d'une maison conforme à la réglementation de maintenant.
Il faut donc consommer un peu d’énergie. Dans un premier temps, on s'en satisfait, on a déjà tellement gagné ! Et puis, on se dit que c’est dommage, et qu'on pourrait aller plus loin. Pourquoi ne pas essayer de produire sur place ce dont nous avons besoin ? On peut le faire, avec des dispositifs de captage d'énergies renouvelables, comme le solaire, l'éolien qui peuvent produire de l’électricité. Il faut dire que ce sont des énergies capricieuses. Elles donnent satisfaction dans la durée, mais elles ne sont pas régulières, elles dépendent de la pluie et du beau temps. On s'est donc mis d'accord sur le fait que cette production sur la maison devait être mutualisée, et non pas réservée à la seule maison qui l'a captée. C’est sur une année que l’on fait le bilan. Si on arrive à fabriquer et mettre en réseau plus d'énergie que l'on en consomme, on a une maison à énergie positive.
On en est là, mais on pourrait aller encore plus loin. Pourquoi se fixer comme objectif de capter la quantité d'énergie dont on a besoin si on peut faire mieux ? Car à y regarder de près, on voit bien que l'énergie captée par la maison n'est pas liée au fonctionnement de la maison, mais au simple fait qu'elle offre des surfaces adaptées à la collecte d'énergie, toit et façades. L'énergie solaire se collecte justement sur des surfaces, et l'efficacité du dispositif dépend, en un lieu donné, de leur orientation, de leur inclinaison, des ombres portées par les bâtiments voisins, les reliefs et les grand arbres. Pour récupérer le maximum d'énergie, utilisons toutes les surfaces disponibles, et configurons les maisons pour cela.
Dans la nature, toutes les surfaces forment capteur solaire. Les pierres emmagasinent la chaleur, les plantes transforment les rayonnements du soleil et produisent de l'énergie sous forme de biomasse, avec des efficacités variables selon la nature des sols et des milieux, forêts, prairies, marais, champs de céréales, etc. Et bien il faut que les surfaces artificialisées en fassent autant. Pour lutter contre l’effet de serre, toute surface bonne à accueillir un capteur doit être équipée. Attention, cette formule a des limites, il ne faut pas tomber dans une vision totalitaire, où l’énergie dicterait sa loi indépendamment de toute autre considération. La collecte des photons doit s’inscrire dans un projet architectural d’ensemble, mais elle doit figurer clairement dans le cahier des charges de l’architecte, et en amont de l’urbaniste quand il s’agit de créer de nouveaux quartiers. Quand on sait qu’un capteur photovoltaïque a remboursé sa dette énergétique au bout de deux à trois ans de service, alors qu’il va produire pendant plus de vingt ans, il ne faut pas se priver de cette source d’énergie qui ne fait pas de bruit et ne pollue pas l’air ambiant. On nous parle d’immenses centrales photovoltaïques, sur des dizaines d’hectares, dont les premières sortent actuellement de terre en Corée et en Allemagne. Les images sont impressionnantes, même si ça ne représente finalement que la surface d’une exploitation agricole de taille moyenne, mais pourquoi ne pas commencer par couvrir les maisons de cellules, plutôt que les champs ? Profitons de chaque support bien placé pour capter de l’énergie, car il faut beaucoup de surface pour collecter une énergie diffuse. Ne nous limitons pas aux maisons, profitons des murs antibruit, des équipements de toutes natures dès lors qu’ils sont bien orientés et facilement raccordables à un réseau. Et mettons nous à l’œuvre pour que ces capteurs soient aussi bien intégrés que possible dans l’architecture et le paysage. Ce mouvement est déjà engagé, il convient de le booster !
L’aventure de la maison à énergie positive, qui réalise l’exploit de transformer une lourde facture en une recette, nous renvoie au rapport de l’économiste Britannique Nicholas Stern, sur les coûts de la lutte contre le réchauffement climatique. Une contrainte, au départ. On rechigne à y consacrer des moyens, on essaye de retarder l'échéance, on émet des doutes sur l'intérêt de ces efforts qu'on nous demande. Et puis, il faut s'y résoudre, on voit bien que c'est inéluctable. On essaye alors de voir combien ça coûte, et on s'aperçoit que ça ne coûte pas cher du tout. Et puis on calcule que, si on ne fait rien, ça coûte beaucoup plus cher ! 1% pour l’action, entre 5 et 20% pour le laisser faire, le "business as usual". Et si la nécessité d’agir était bénéfique ? Comme pour les maisons, la volonté de retourner la situation provoque son lot d’innovations, conduit à des remises en question salutaires. On s’inquiète souvent du prix du développement durable, avec la grande question : qui va payer ? On constate dans les faits que les actions volontaires sont payantes, et que les efforts demandés provoquent des avancées sociales et technologiques telles que le bilan est largement positif. La bonne question concerne plutôt les freins : comment se fait-il qu'on ne puisse pas aller plus vite sur la voie du développement durable ?
1 - Voir Veille, chronique du 2 juillet 2006

10.000 fois d'accord avec vous… Merci les freins administratifs… Ok, la présence d'un chateau par ci, les règles urbanistiques par là… Aux architectes d'être inventifs et aux décideurs administratifs d'être plus "en phase" avec le monde d'aujourd'hui…! Sans oublier les industriels de ces nouvelles technologies qui devront proposer des solutions plus intégrables à moindre coût. Bref, on en a encore pour dix ans…!
Rédigé par : jean-Christophe Courte | 21 mai 2007 à 08:40
Merci ! Enfin la publication d'une position sur l'usage des surfaces libres pour capter de l'énergie solaire. Depuis pas mal de temps, je dis (n'étant pas dans la profession, c'est dans le vide, bien que j'en aie parlé à quelqu'un chez EDF) qu'il faudrait réfléchir à l'usage solaire de ces larges bandes entre les voies d'autoroute qui n'ont pas en général d'ombre portée, et qui ne passent pas loin des centres de consommation.
Du coup, pas la peine de détourner des zones agricoles ou naturelles sur des hectares, on a assez d'anthropisation des milieux naturels... (Une centrale solaire occupant de l'espace naturel ne fait pas seule une politique de développement durable respectueuse de l'environnement).
Compte tenu de la surface à équiper, la production de masse ferait baisser le prix des panneaux.
Les sociétés d'autoroute ne pourraient-elle pas se convertir en producteurs d'électricité solaire ? en échange, on pourrait peut-être même baisser le prix des péages !
Rêve ou réalité possible ?
Rédigé par : François Aumonier | 22 mai 2007 à 10:51
Merci! Ça fait du bien d'entendre ça.
Aujourd'hui, avec le prix de rachat élevé du kWh photovoltaïque, même les petites centrales (toitures de maisons individuelles par exemple) deviennent amortissables rapidement. Les choses bougent quand même! Même si, à la question "pourquoi ça ne va pas plus vite ?" un des éléments de réponse semble être "parce que 85% des crédits alloués à la recherche sur l'énergie vont au nucléaire".
En passant, je lance une idée : on a toujours besoins d'électricité, quelle que soit la saison. Hors, le prix de rachat de l'électricité photovoltaïque est le même toute l'année. Ce qui conduit à souvent incliner les capteurs aux alentours de 35° par rapport à l'horizontale, inclinaison optimale pour la production sur une année. Mais cette configuration conduit à surtout produire l'été, quand les jours sont longs et l'ensoleillement important. C'est-à-dire au moment où on a moins besoin d'électricité. Pour produire davantage l'hiver, il faudrait incliner les capteurs aux alentours de 60°. Un tarif modulable sur l'année, moins élevé en été et plus en hiver, donnerait plus de latitude quant à l'intégration architecturale des capteurs (façades, toitures, balcons, etc...) et permettrait de surcroît de mieux homogénéiser la production toute l'année.
Enfin, juste une remarque concernant l'usage de l'électricité : aujourd'hui, et ceci est dû en majeure partie à des techniques constructives déplorables, il y a 2 pics de demande d'électricité, un en hiver et l'autre en été. Parce que, non contents de nous chauffer à l'électricité (première aberration) aujourd'hui nous climatisons...à l'électricité aussi bien sûr. C'est pourquoi, pour que le scénario si engageant de la maison à énergie positive soit viable, il va falloir en plus d'assurer de très bonnes performances hivernales, assurer aussi la fraîcheur sans clim de nos bâtiments. Les canicules à répétition des dernières années sont là pour nous le rappeler. Et avant les systèmes actifs, il convient de privilégier la conception du bâtiment et la qualité des matériaux utilisés pour arriver à ce résultat. Les blocs clims qui fleurissent sur les façades prouvent bien que ces paramètres ne sont pas du tout pris en compte aujourd'hui. Pire : le fait de devoir isoler plus qu'autrefois (et par l'intérieur) fait que nos habitations sont moins confortables l'été. C'est donc aussi les techniques de construction qu'il va falloir adapter au changement climatique. Il vaudrait mieux anticiper que de devoir apporter une nouvelle fois une couche correctrice à nos maisons. Et je ne suis pas sûr du tout que les Passiv-Haus telles qu'elles sont conçues de l'autre côté du Rhin répondent souvent à ces exigences.
Rédigé par : Raphaël BOBEDA | 22 mai 2007 à 12:27
La maison à énergie "positive" concept à la mode dans les sphères du marketing est une arnaque intellectuelle : le positif c'est le solaire thermique ou photovoltaïque, ainsi que l'éolien ou la biomasse, la récupération d'eau de pluie est quant à elle énergivore.
Tant que l'on n'aura pas résolu le problème des surchauffes d'été en stockant économiquement les excédents pour l'hiver, le solaire thermique n'est rentable que pour la production d'eau chaude sanitaire, et encore compte-tenu du fait que le noyautage actuel de ce marché exclu toute compétitivité tarifaire, qu'en sera-t-il lorsque les quelques 70% d'euros "positifs" pris sur nos impôts auront disparu des calculs d'amortissement et où apparaîtra le véritable aspect "durable" des installations ?
Le photovoltaïque fonctionne bien en toute saison, mais dans la mesure où l'on ne le rentabilise qu'en revendant le courant à EdF, il est intellectuellement honteux de l'intégrer en "positif" de la construction, il serait globalement plus "durable" de créer de grands champs plutôt que d'en atomiser le développement en petites installations hors de prix. De même pour l'éolien qui à l'heure actuellement montre ses limites de rentabilité compte-tenu des coûts de maintenance, et qui doit être repensé. La biomasse reste marginale même si des applications peuvent être valorisées.
Quant à la sur-isolation, quid des calculs d'épaisseur rentable que l'on effectuait dans les années 70?
Pour finir, cerise sur le gâteau, les maisons à énergie "positive", sont interdites de perméabilité à l'air et condamnées à la ventilation mécanique "contrôlée" double flux. Quand on connait la qualité des réglages de mise en service, la qualité des maintenances ultérieures, le nombre de sinistres dus aux condensations, le nombre d'intoxications au monoxyde de carbone, on peut se poser la question de savoir où se situe le progrès en matière de qualité de vie. Mon pessimisme, à contre courant du bien pensant politiquement correct, vient peut-être du fait que je suis depuis trop longtemps dans la thermique du bâtiment, mais je crois que dans notre bonne France, nous n'avons pas la hauteur de vue suffisante pour développer les bonnes idées qui infirmeront la pensée de notre philosophe : "nous autres civilisations savons que nous sommes mortelles"
Rédigé par : Claude Desjardins | 27 juin 2007 à 10:32
Sachez cela: il est énivatable que vos campagnes de rapatriage ait donné quelque chose de concluent. Je tiens également à souligner l'importance de ce que vous commencez. Lorsque la relève s'en viendra, elle saura où se diriger grâce à vous. Je crois en notre fututr que vous bâtissez!
Merci!
Rédigé par : Simone Duharnais | 12 janvier 2009 à 09:55
C'est génial comme truc. En tant que président officiel des décharges intellectuelles pour la déférence envers la politique, je dis que l'idée est géniale.
Merci à vous!
Rédigé par : Jacques Dumonier | 12 janvier 2009 à 09:55