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Rédigé par Dominique Bidou le 29 avril 2007 à 23:12 | Lien permanent | Commentaires (1)
Le paysage est souvent perçu de manière étroite, comme une simple émotion esthétique. Ce serait déjà pas mal, mais c’est bien autre chose. Tout d’abord, comme nous l’avons déjà vu dans ce blog, la croissance de demain sera qualitative (1). Produire toujours plus conduit à une impasse. Il faut créer de la valeur sans prélever de ressources naturelles et sans dégrader le milieu, et c’est la recherche de la qualité qui deviendra inévitablement la principale source de richesse. Le paysage représente un atout majeur dans cette perspective, et c’est l’attractivité d’un territoire qui en fera de plus en plus la fortune, pour l’implantation des activités et des villes, mais aussi par le tourisme qui constitue déjà, pour la France comme à l’échelle de la planète, la première activité économique.
Le paysage est aussi la représentation de notre société. Il rappelle notre histoire, illustre nos modes de vie et de production, témoigne de notre organisation sociale. On pourrait parler à ce titre de la transmission du patrimoine, avec le rôle que joue le droit de succession sur le paysage de nos campagnes, selon l’existence ou non du droit d'aînesse. Un exemple parmi bien d’autres de la sensibilité du paysage à nos usages.
Pour illustrer ce rapport très puissant entre paysage et vie de tous les jours, observons le couple énergie paysage. L’énergie, ça c’est sérieux, ça a de la valeur, on en a besoin pour vivre et produire, pour se déplacer. Ça crée des emplois et des ennuis, accidents dans les mines, déchets radio actifs, effet de serre, etc. On est bien loin du paysage, un luxe sympathique, mais peut-on encore se l’offrir ? On est dans l’urgence et la crise, on ne peut pas perdre de temps à ces considérations d’une autre époque.
Et bien si vous pensez ça, vous avez tout faux. L’énergie et le paysage forment un vieux couple, avec ses élans de tendresse et ses disputes. Ils sont inséparables.
Aujourd’hui, on parle beaucoup des éoliennes, et parfois des difficultés à installer des capteurs solaires dans les centres anciens. Les énergies renouvelables ont mauvaise presse auprès de ceux qui ont charge de préserver le patrimoine. Les promoteurs des énergies renouvelables répliquent en citant les lignes à haute tension, les tours de refroidissement des centrales nucléaires, pour rappeler que les énergies traditionnelles ont depuis longtemps touché aux paysages. Un débat du type « C’est pas moi, c’est l’autre » qui ne fait pas progresser les idées, ni la compréhension réciproque, et qui réduit étrangement l’angle d’approche de la question. L’énergie est présente partout. Dans la conception même des maisons traditionnelles, comme dans le mode d’exploitation de la nature. Depuis des siècles, on a coupé des forêts pour faire du feu, notamment dans les vallées où étaient installées des forges. Aujourd’hui encore, les abords des villes africaines ont du fournir le bois nécessaire à la cuisine, repoussant bien loin les limites de la forêt. Revenons en France. L’agriculture s’est organisée pour produire de l’énergie : le bocage, parmi toutes ses qualités, était machine à fournir du bois, avec une taille régulière des haies pour se chauffer. Et que dire de l’énergie animale, qui a dominé nos sociétés jusqu’à l’arrivée de la machine à vapeur, et qui consommait un cinquième de la production végétale, car il faut bien nourrir les chevaux et les bœufs. On s’inquiète parfois des surfaces que nous allons consacrer à cultiver des plantes pour les biocarburants, et bien la traction et la mobilité ont par le passé déjà occupé des parts importantes de nos espaces agricoles et forestiers. Mais la manière de le faire n’est pas indifférente. Le paysage, c’est aussi les retenues d’eau pour l’énergie hydraulique, les terrils des mines de charbon, avec toutes les installations qui vont avec. La liste serait longue, des nombreux signes inscrits dans le paysage de l’ingéniosité humaine face aux besoins d’énergie : biefs de rivière aménagés, moulins à vent, châteaux d’eau pour assurer la pression, etc. Bref, la production d’énergie, qu’elle soit renouvelable ou fossile, a de tout temps marqué le paysage, et il n’y a pas de raison pour que ça change.
De même, le mode d’utilisation de l’énergie a déterminé les paysages. La forme et l’orientation des maisons étaient conçues pour tirer au mieux parti des foyers et de la chaleur animale, et les villages traduisaient dans leurs plans la manière que l’on avait de réduire les surchauffes et les refroidissements. L’efficacité énergétique était déjà une préoccupation majeure. C’est l’abondance de l’énergie qui a bouleversé la donne. L’arrivée du tracteur a transformé les paysages ruraux, l’architecture s’est crue libérée de la contrainte énergétique, l’urbanisation s’est étendue loin des centres et les villes sont devenues plus perméables aux vents, les besoins de lumière n’ont plus été restreints pour cause de petites fenêtres, etc. Ajoutons que la production et la consommation d’énergie se sont éloignées l’une de l’autre, ce qui a offert encore plus de liberté dans l’organisation de l’espace et des activités, mais au prix de lignes de transport de l’énergie, et on obtient une nouvelle facette du lien étroit entre énergie et paysage.
Cette histoire commune doit être assumée, et il serait bien léger, aujourd’hui, de ne voir qu’un des deux membres du couple, et de négliger l’autre. S’il y a antagonisme, opposition, il faut les affronter, et tenter de sortir de la contradiction « par le haut », comme on doit le faire dans un esprit de développement durable. Les tenants du paysage et ceux de l’énergie sont encore bien loin les uns des autres. Deux cultures, deux certitudes de représenter des valeurs fortes, et souvent un dialogue de sourds. On observe bien ici et là des tentatives de rapprochement, comme des efforts architecturaux pour intégrer des énergies renouvelables dans des constructions, comme l’ont fait les architectes « bioclimatiques », ou des produits intégrés, tuiles solaires ou cellules photovoltaïques incorporées dans des parois, mais on sent bien que ce n’est qu’un début, il y a encore beaucoup à faire.
Cette histoire commune, du paysage et de l’énergie, connaît de nouveaux épisodes, avec une obligation : trouver des complicités, des solutions favorables aux deux parties. Chercher à installer des éoliennes dans un paysage sans l'abîmer est une mauvaise piste. Ce qu’il faut c’est chercher comment ces éoliennes vont embellir le paysage, comment les implanter pour qu’elles contribuent à la richesse du site. Le développement durable n’est pas la recherche d’un compromis, mais avant tout une ambition.
Cette aventure commune du paysage avec l’énergie, avec nos modes de vie et d’organisation sociale, doit être exploitée. Car le paysage a une qualité essentielle : c’est une approche sensible, ressentie par chacun, avec sa culture et ses repères. C’est une approche populaire des problèmes de notre société. Nous pouvons tous avoir un avis sur le paysage, parler de la manière dont nous le ressentons. C’est une formidable occasion de dialogue et de confrontations, qui permet d’aborder bien d’autres sujets, comme l’énergie et les impôts, et de les mettre eux aussi en débat.
Non content d’être une valeur en soi, le paysage est en plus un outil de dialogue et d’échanges. Que demande le peuple du développement durable ? Il faut juste apprendre à s’en servir !
1 Voir la chronique Qualité, du 18 février 2007
Rédigé par Dominique Bidou le 22 avril 2007 à 23:46 | Lien permanent | Commentaires (1)
On peut en avoir une approche psychologique, et l’image du divan s’imposerait, mais nous renonçons dans cette chronique à pénétrer dans les méandres de nos cerveaux, pour nous consacrer à l’analyse qui nous aide à mieux explorer une question, pour comprendre ce qui se passe et anticiper sur ce qui va se passer. On l’a vu dans de multiples billets de ce blog, le développement durable nous conduit à s’intéresser tout particulièrement aux enchaînements, aux interrelations, aux systèmes (1). Pour essayer de comprendre, avec l’esprit cartésien qui nous caractérise, nous nous lançons dans des analyses en espérant identifier les ingrédients qui composent les phénomènes de la vie, et décrire la manière dont ces ingrédients réagissent entre eux.
La complexité de la vie est une vraie richesse, mais pour en bénéficier, il faut l’apprécier, et apprendre à cheminer sereinement dans cet univers où chaque élément influence les autres, où chaque décision provoque une réaction en chaîne qu’il est préférable de prévoir. L’analyse demande donc un savoir faire, elle ne s’improvise pas, et la manière de l’aborder devrait assurément figurer au menu de l’école. Il faut savoir observer, ce qui n’est pas facile sans discernement, et sans méthode. On va donc se constituer des grilles d’analyse et adopter des modalités d’observation, des protocoles disent les savants.
Le problème est que quel que soit l’angle que l’on retient pour observer un phénomène, il y a des ombres, des masques, des lumières qui éblouissent. Changez d’angle de vue, et vous ne verrez pas les mêmes choses. Le produit de l’analyse dépend de la manière dont on la conduit, ce qui est bien embarrassant.
C’est frappant quand on analyse l’opinion en s’appuyant sur des sondages. L’ordre des questions, leur enchaînement, l’univers qu’elles créent, sont autant de facteurs qui influencent les réponses, et qui peuvent ainsi fausser les conclusions que l’on en tire. La réalité examinée au filtre d’une grille n’est qu’une image de la réalité, souvent déformée, floue, granuleuse, pas toujours bien éclairée. Malgré tous ces défauts, cette image est bien utile, car on peut la tourner dans tous les sens, l’agrandir, la rapprocher d’autres images pour faire des comparaisons. Tout le talent consiste à obtenir que l’image mette bien en lumière les questions importantes, et n’en occulte pas.
La manière de constituer une grille d’analyse est donc fondamentale. Un type bien connu d’analyse est l’analyse du cycle de vie. Il s’agit d’identifier à chaque phase de la vie d’un produit ses effets sur l’environnement, sur la base d’un inventaire exhaustif de tous ses impacts de manière à faire un bilan complet. La manière de procéder est décrite dans des normes internationales (de la famille ISO 14040, pour les initiés), ce qui permet de disposer d’analyses comparables, pour préparer des choix ou évaluer des décisions. Souvent, on sera amené à construire sa propre grille, sans avoir recours à des normes, qui, malgré tout le mal que l’on peut en dire, rendent bien des services. Le développement durable peut alors éclairer la constitution de ces grilles.
La démarche HQE offre un autre exemple de mode d’analyse. Pour décrire la qualité environnementale du bâtiment, on distingue tout d’abord de quel côté on se situe : du côté de l’usager, et on va entrer dans le détail des éléments d’environnement intérieur, avec des paramètres liés à la santé et au confort, ou du côté de la collectivité, et on va aborder des questions plus générales relatives aux ressources, aux rejets, à l’utilisation de l’espace. On pourra aussi croiser cette première séparation d’une seconde fondée sur les phases de la vie du bâtiment, notamment ce qui est associé aux phases de conception et de travaux, et les facteurs liés à l’usage. Telle construction modifie l’environnement par sa présence même, pour le paysage, les ressources nécessaires pour la construire, l’imperméabilisation des sols qu’elle a provoquée. Ces impacts sont indifférents au fait que la maison est occupée ou non. L’usage entraîne une série d’autres conséquences sur l’environnement, provoquées par les consommations courantes et les rejets du bâtiment, son métabolisme en quelque sorte. On obtient ainsi un modèle de grille d’analyse construit avec deux entrées indépendantes dominantes, selon le point de vue dont on se place d'une part, et la période de la vie du bâtiment d'autre part. Cette double distinction permet de couvrir l’essentiel des enjeux. C’est ce qui fait sa vertu quand on souhaite se donner une vision d’ensemble qui permette de faire un bilan général, d’apprécier la sensibilité des différentes marges de manœuvre dont on dispose pour obtenir un projet conforme à des objectifs pluralistes. Cette méthode se décline à d’autres types d’intervention sur les territoires, puisque partie de la construction des bâtiments, elle s’est étendue aux aménagements d’extensions urbaines et de routes.
Le développement durable propose une approche de la vie dans sa complexité, perçue comme un système intégrant de nombreux paramètres, physiques, culturels, biologiques, avec de nombreuses interférences. C’est dans cette complexité que l’on va pouvoir chercher des solutions pour relever les défis du 21ème siècle, pour assurer une bonne transition entre la période de conquête de la planète, qui prend fin aujourd’hui, et celle de sa gestion en bon père de famille pour faire vivre dans la dignité neuf milliards d’êtres humains d’ici une quarantaine d’années. Il faut donc admettre que la complexité est une solution, et non pas un problème comme on l’entend trop souvent. Il faut juste apprendre à y nager, et l’analyse figure parmi les mouvements élémentaires de cette discipline. Il n’y a alors pas de secret : des méthodes et de l’entraînement.
1 Voir la chronique du 8 avril dernier
Rédigé par Dominique Bidou le 15 avril 2007 à 23:58 | Lien permanent | Commentaires (0)
Le développement durable, c’est intégrer la complexité et les incertitudes, se doter des outils techniques, économiques, politiques, pour assurer cette prise en charge du « système Terre ». L’environnement nous y a bien habitués.
L’écologie est la science des écosystèmes. Elle nous apprend à comprendre comment tous les éléments se combinent, se renforcent mutuellement ou se neutralisent. Elle nous invite à sortir des approches linéaires ou sectorisées, transcendant ainsi l’esprit cartésien, en vue de nouveaux stades de progrès.
Approche systémique, l’environnement nous permet de revisiter toutes les politiques publiques, les modes de production et de répartition des richesses, les composantes de ce que l’on appelle parfois « la qualité de la vie ». Cette démarche offre à tous ceux qui y sont prêts une opportunité de modernisation de la société, pour peu que l’on sache dépasser une vision étroite et conservatrice de l’ « environnement », que l’on a tôt fait de présenter campé sur des positions exclusives et rigides de protection, au mépris de toute considération des dynamiques qui traversent nos sociétés.
Ces dynamiques sont foisonnantes et porteuses de contradictions, l’archétype le plus célèbre en étant « la ville à la campagne », sans parler du bâtiment élevé en zone « inconstructible » permettant ainsi de disposer d'une « vue imprenable ». L’environnement est au cœur de ces contradictions et nous apprend à les surmonter, à en « sortir par le haut », préparant ainsi une approche plus complète de la vie et des affaires publiques qui pourrait être le « développement durable ».
L’environnement, c’est à la fois de la technique et de la culture. Ces deux dimensions sont inséparables. Une politique de gestion des déchets, par exemple, politique assimilée pendant longtemps à l’enlèvement des ordures ménagères et confiée à ce titre à des entreprises de transports, est aujourd’hui affaire de comportement comme de technique. La collecte sélective, première étape du recyclage et de la valorisation des déchets, nécessite la compréhension et l’adhésion des habitants tout autant que des filières techniques sophistiquées. Il faut y ajouter en amont les habitudes d’achat des consommateurs, le conditionnement des commerciaux, et en aval les débouchés pour les produits recyclés. Dans un autre domaine, les économies d’énergie, si nécessaires pour lutter contre l’effet de serre, font appel à la fois à des techniques fines d’injection dans les moteurs et au comportement du conducteur, à des systèmes de régulation de chauffage et d’éclairage comme au souci de bon entretien des habitations. Toute approche strictement technicienne, comme toute approche strictement comportementale est vouée à l’échec.
En définitive, l’environnement apparaît bien comme un système. Point de salut hors de cette vision qui impose un mode de pensée ouvert et pragmatique. Ce sont des combinaisons d’objectifs qu’il faut prendre en charge, avec leurs doses de contradictions : monter une cheminée d’usine pour mieux diluer la pollution dans l’atmosphère peut avoir des effets sur le paysage, de même que le recours à des capteurs solaires dans des sites où ils seront manifestement des corps étrangers. La collecte des ordures ménagères peut contrecarrer une politique de lutte contre le bruit, et affecter d’autres aspects importants de la vie quotidienne, comme la sécurité routière : l’encombrement des trottoirs par les poubelles aux heures où les enfants vont à l’école peut poser de véritables problèmes. On ne peut non plus ignorer que les produits récupérés dans une bonne politique de réduction des déchets doivent trouver preneurs, et qu’il ne sert à rien, par exemple de recycler tout le papier du monde si les consommateurs exigent du papier bien blanc, tout beau tout neuf. Les politiques d’environnement interfèrent entre elles en permanence, ainsi qu’avec d’autres politiques, en un vaste système qu’il convient de gérer en tant que tel.
Deux citations décrivent mieux que je ne pourrais le faire ces interactions :
« Le concept d’environnement ne peut se laisser enfermer dans une liste hétéroclite d’objets naturels, même remarquable : forêts ou « zones humides », mètres cubes d’eau, nombre d’espèces, kilomètres de rivières… Il renvoie à de multiples autres dimensions : d’abord disponibilité de certaines ressources, mais aussi qualité de vie quotidienne, identité culturelle de certains lieux et, finalement, fonctionnement de la plupart des systèmes, indissociablement naturels et artificiels, qui assurent notre existence – systèmes urbains, agricoles, productifs… Ces systèmes ont aussi une base physique et leur fonctionnement dépend des régulations qui se font ou ne se font pas à l’échelle de la biosphère »(1).
« Pour résoudre les problèmes liés à l’environnement urbain, il faut aller au-delà d’une approche sectorielle. Même s’il est utile, voire indispensable, de fixer des objectifs de qualité pour l’air, pour l’eau, des niveaux maxima pour le bruit, etc. dans des directives ou des recommandations, il est essentiel de mieux comprendre l’origine des problèmes environnementaux qui menacent nos villes afin de trouver des solutions durables. Cela signifie qu’il faut non seulement examiner les causes immédiates de la dégradation de l’environnement, mais également les options sociales et économiques qui sont à la base de ces problèmes. »(2)
L’environnement apparaît ainsi, par la démarche systémique qu’il suscite, une excellente entrée en matière pour le développement durable, comme l’histoire l’a montré. Mais gageons que des visions économiques intégrant le long terme et la pérennité des ressources seraient parvenues aux mêmes conclusions, de même que des approches sociales prenant en compte la qualité de la vie quotidienne, la solidarité Nord – Sud et avec les générations futures. Peu importe la porte d’entrée dans le système, pourvu que l’on apprécie la richesse dudit système, et que l’on sache en tirer profit.
1 René Passet et Jacques Theys, dans "Héritiers du futur", dirigé par René Passet et Jacques Theys, DATAR Editions de l'Aube, 1995
2 Commission des communautés européennes, Livre vert sur l’environnement urbain, communication de la commission au conseil et au parlement, Bruxelles, 27 juin 1990.
Rédigé par Dominique Bidou le 08 avril 2007 à 16:15 | Lien permanent | Commentaires (1)
Pour les parisiens, c’est une fois par an. C’est au salon de l’agriculture que l’on peut admirer les splendides vaches de la race Abondance, fleuron d’une région du même nom où l’on peut les admirer en pleine nature, entre le lac Léman et le Mont Blanc. Vache, fromage, qualité de la nourriture, paysages de montagne préservés, équilibre entre agriculture, qualité de vie, tourisme, et diversité biologique. Une première approche du mot abondance, un mot qui permet au passage d’évoquer un concept récent, ou plutôt une approche récente d’une vieille affaire : la « slow food », en réaction, vous l’aurez deviné, à la fast food. Un mouvement associatif en plein essor (1), avec en ligne de mire la recherche d’un équilibre à trois dimensions,
1. La qualité de la nourriture ingurgitée, condition de la bonne santé physique et mentale,
2. La convivialité au sein des repas, source de bien-être social, de qualité des relations,
3. La qualité de la filière de production, la solidarité entre producteur et consommateur, de toute la chaîne, la protection de l’environnement où la nourriture est produite.
Voilà une bonne manière de faire du développement durable, pour ceux qui ne savent pas par où commencer…
Abondance de biens ne nuit pas, dit le proverbe, mais ce serait trop facile. Le bon sens est parfois trompeur, car il ne voit pas tout. Consommer des biens en abondance, c’est aussi, par le jeu du métabolisme, rejeter des déchets de toutes natures en abondance. La question des gaz à effet de serre illustre parfaitement cette approche où le cycle complet de la vie d’un bien est examiné, et non un simple tronçon de ce cycle. L’énergie est un bon exemple, et on peut affirmer aujourd’hui qu’il y trop de pétrole (2) à la surface de la planète. Trop de carbone, en réalité, car le pétrole n’est que la figure de proue d’une série de combustibles, charbon et gaz, y compris les matières riches en pétrole comme les schistes bitumineux, etc. Il y en a bien sûr trop, car le facteur limitant, celui qui porte en soi les causes de blocage, n’est pas la ressource mais le rejet. Il faut réduire les consommations d’énergie fossile pour cause de non maîtrise des rejets, et non pas par crainte de la pénurie. Celle-ci ne doit pas être exclue, mais elle est pour le 22ème siècle, alors que le réchauffement climatique et les problèmes qu’il engendre sont pour le 21ème, le nôtre, celui qui a commencé. Entre temps, on pourrait, à partir du charbon, encore très abondant dans certains pays, faire des équivalents gaz ou pétrole, ou encore de l’électricité ou de l’hydrogène pour rendre plus souple l’utilisation de ce stock de charbon. C’est pour cette raison que des recherches actives sont lancées depuis quelques années pour tenter de séquestrer ce carbone indésirable dans l’atmosphère, c'est-à-dire l’isoler des gaz de combustion et ensuite l’envoyer dans les profondeurs de la terre, dans des couches géologiques dont il ne pourra pas s’échapper. On sait à peu près comment faire, mais ça coûte très cher, et la course est engagée pour savoir qui trouvera la technique de séquestration à bon marché. L’énergie, on en a à revendre, à la surface de la planète. Nous sommes dans l’abondance. Outre les énergies fossiles, les renouvelables sont multiples. Les Etats-Unis, qui n’ont pas ratifié les accords de Kyoto, y travaillent activement. Spectrolab Inc. vient de rendre public le résultat de ses recherches sur les cellules photovoltaïques (3). Ils obtiennent des rendements de l’ordre de 40%, c'est-à-dire que 40% de l’énergie solaire qui arrive sur la surface du capteur est transformée en électricité. Une proportion double de ce qui se fait aujourd’hui en moyenne. Avec ça, la « maison à énergie positive » est pour demain, dès que, là encore, les coûts seront compétitifs. Toujours en Amérique, un projet de champs d’éoliennes off shore sur la côte Atlantique (du Massachussetts à la Caroline du Nord) permettrait de couvrir un tiers des capacités actuelles de production d’électricité des Etats-Unis, avec une très forte réduction des émissions de gaz à effet de serre (4). Ça ne suffit pas à régler le problème, mais ça montre bien que la pénurie n’est pas une fatalité, pour peu que l’on complète ces équipements de production par un minimum d’action pour des économies d’énergie, qui, comme on le sait, constituent un formidable gisement aux Etats-Unis.
Ce sont des raisons environnementales qui font que le projet n’avance pas très vite, car il n’y a pas que l’énergie et l’effet de serre dans la vie. Cet exemple illustre bien où se situe le vrai problème. Pas dans la pénurie absolue, car l’énergie est en définitive abondante, et même surabondante, mais dans la manière de la capter et de la mettre utilement à la disposition des acteurs pour couvrir leurs besoins. Il y a l’énergie des marées, des courants marins et du clapot, de la houle, il y a les ouragans qui ne sont en définitive que des manifestations du trop plein d’énergie à la surface de la planète, puisqu’elle ne l’évacue pas assez vers le ciel et l’espace. Il y a des essais de captation de l’énergie en montagne, du simple fait de la différence de température et de pression en deux points d’altitude différentes, et toutes les énergies que l’on peur capter dans le sol, en surface ou en profondeur, la biomasse, etc.
Le problème réside dans la manière de capter cette énergie. Parfois, on détruit d’autres valeurs, d’autres richesses, comme les paysages ou la biodiversité, la reproduction des poissons dans les rivières devenues trop artificielles, etc. Ou alors on ne parvient pas à la capter techniquement dans de bonnes conditions, qu’elle soit trop puissante, comme celle des ouragans et des volcans, ou qu’elle soit trop diffuse, comme le clapot des vagues. Rappelons-nous, le zéro absolu est à – 273 °. C’est au soleil que nous devons notre température moyenne, où l’humanité et les être vivants de notre planète on trouvé leurs conditions d’équilibre. Le soleil a déjà produit la quasi totalité de l’énergie dont nous avons besoin, mais nous la comptons pas : l’agriculture incorpore de l’énergie fossile, mais en quantité marginale si on la compare à l’énergie solaire dont elle bénéficie ; les maisons engrangent l’énergie du soleil à travers leurs fenêtres, et la conservent si elles sont bien isolées, mais il n’y a pas de compteur pour en tenir le décompte. En définitive, le plus d’énergie recherché est marginal par rapport à tout ce qui arrive sur la planète. L’énergie est là, elle est abondante, la question est de savoir la prendre utilement, c'est-à-dire sans détruire, en la mettant à disposition de ceux qui en ont besoin au moment voulu (c’est le problème de stockage), et au lieu voulu (c’est le problème du transport), sous la forme voulue.
La question de l’abondance n’est pas dans la quantité de matières, mais dans la capacité à la mobiliser utilement.
1 Allez retrouver l’appétit et le goût des bonnes choses sur http://www.slowfood.fr/france
2 Sur ce point, lire Trop de pétrole ! : Energie fossile et réchauffement climatique d’Henri Prévot, Seuil, janvier 2007
3 http://www.boeing.com/ids/news/2006/q4/061206b_nr.html
4 Voir http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/41369.htm
Rédigé par Dominique Bidou le 01 avril 2007 à 22:13 | Lien permanent | Commentaires (2)

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