Un nouvel opuscule de Rudy Ricciotti est toujours un événement...
Passée la préface, faussement lénifiante, de David d’Equainville, le combat peut commencer. Il fait
rage à chaque page. Et qui dit sport de combat, dit des coups à prendre, mais aussi
des coups à décocher, et bien placés si possible. Ils ne manqueront pas tout au
long de ces 96 pages...
C’est que Ricciotti sait faire le coup de poing avec les
mots : la « terreur verte » de la HQE, l’inexpertise crasse des
enseignants en écoles d’architecture, le minimalisme néo-moderniste à l’anglo-saxonne,
les « salafistes » de l’architecture (qui vouent une « haine de
la figure singulière, criant haro sur le mouton qui aurait eu le malheur d’aller
se faire tondre ailleurs, de vivre et construire différemment » (p.19))
en font les frais parmi d’autres.
Mais Rudy Ricciotti ne défouraille pas à tout va (ce qui est
à la portée du premier venu), il (dé)montre par l’exemple de ses propres
réalisations qu’il existe « d’autres façons de bâtir, de penser et de dire
les lieux » (p.19) : le Stadium (Vitrolles), le Pavillon Noir
(Aix-en-Provence), le musée Cocteau (Menton), le MuCem (Marseille), en
témoignent, sans oublier… le département des Arts de l’islam au Louvre (Paris).
Ce dernier opus donne lieu à un récit comique (la
présentation du projet devant Jacques Chirac et le prince Al-Walid !) autant que tragique, lorsque Ricciotti décrit - sans concession aucune, on peut
lui faire confiance - son maître d’ouvrage, le Louvre, « grand laboratoire
du dysfonctionnement de l’Etat » (p.89), faisant « preuve d’une
inculture architecturale et d’une lâcheté institutionnelle caricaturales »
(p.90). Et le reste est de la même eau… Le tout ponctué de « riffs
épistolaires » d’une violence et d’une drôlerie inouïes.
Le phrasé de Ricciotti - son style, oserait-on dire – se reconnaît
à chaque page : sens aigu de la formule percutante (et toujours
pertinente), du direct à l’estomac ; servis par un corpus lexical qui n'appartient qu'à lui : maniérisme, physicalité, covisibilité, pornocratie,
minimalisme de supermarché, bêlement victimiste, etc.
Les pages les plus attachantes restent sans aucun doute celles ou Ricciotti
célèbre, toujours et encore, son amour indéfectible du béton, sa haine de l’acier
« intolérant », son admiration sans borne pour les compagnons du
chantier, les métiers du bâtiment (coffreurs, boiseurs, charpentiers, etc.), le
travail artisanal, ces « savoir-faire locaux et non délocalisables »
conjugués aux exigences de l’ingénierie structure la plus pointue.
« La véritable question, la seule interrogation
fondatrice devant mobiliser toute notre attention, est de déterminer si oui ou
non nous sommes en mesure de transformer le réel » (p.14) pose d’emblée
Rudy Ricciotti au commencement de sa conversation avec David d’Equainville. Pour
conclure, dans une formulation nostalgico-sibylline : « A la croissance de la
désillusion correspond celle des désirs esthétiques » (p.93). Avant de convoquer,
ultime pirouette, les cinéastes Jean-Pierre Mocky et Laetitia Masson dans un dernier
courrier, particulièrement hot, adressé au président du Louvre…
« L’architecture est un sport de combat. Conversations
pour demain »
96 pages, éditions Textuel, 15 euros - En librairie le 3 avril.
Entretien avec Laure Adler sur France Culture
Exposition « Ricciotti architecte ». Du 11 avril au 8 septembre 2013
Cité de l’architecture & du patrimoine (Paris)
Le dossier de presse...
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