Paris 2030 Colloque International sur l’avenir des Villes, des recherches au service de la métropole durable, 18 novembre 2011, mairie de Paris…
Je me suis inscrit, j’y vais, surtout qu’un petit-déjeuner en ces heures de crise, ça attire le chaland. Beaucoup de participants et plutôt jeunes de surcroît, c’est plutôt pour eux 2030 mais ils viennent d’où ? Pas beaucoup de tronches d’architectes, plutôt genre sciences policées. Bon, visite rapide des salons où moult perspectives uniformément verteshopées à souhait, avec enfants joyeux qui gambadent en une ville paradisiaque et plongent en des eaux limpides, sous un ciel bleu azuréen.Le réchauffement climatique est certainement déjà passé par là. Un étrange voile composé de volets coulissants plus ou moins transparents recouvre les architectures passées au bénéfice visuel de parcs et de jardins, de circulations aériennes ou silencieusement rampantes. Silence. Propreté. Des visions angéliques bien loin de Blade Runner.
Au stand de promotion de l’Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris - Ecole Supérieure du génie Urbain, une jeune et jolie agent de communication nous fait la retape sur l’établissement : à une question sur les statuts de l’ architecte, la réponse fuse sur le sérieux de l’Ecole et que l’on peut toujours le devenir après si vraiment on y tient encore…Le ton est donné!
La grande salle est pleine, écrans géants, panel de chercheurs et Sybille Vincendon de Libération, aux commandes. Au plafond, un étrange personnage nous scrute avec des jumelles se détournant de la scène. Mais pourquoi 2030 précisément, personne ne nous l’expliquera, cela restera un mystère, on n’a pas tous les jours vingt ans cependant… D’ailleurs voilà Bertrand Delanoë, nickel chrome comme d’habitude, convivial à souhait, plein d’assurance, l’œil vif tellement heureux d’être maire de cette Ville dont il avait rêvé si jeune et concluant sur un Paris ; « liberté et beauté » qui subjuguerait plus d’un militant sur son parvis. Bref ; tramway, vélos, bagnoles à cartes, handicaps, maison de la vision etc. Le Paris de l’intelligence, le présent c’est nous, l’avenir aussi. Allocution du maire de Rio en portugais, j’ai rien compris mais cela devait donc expliquer l’avenir des Villes au pluriel et la présence furtive de Portzamparc en particulier. Introduction du philosophe Jean Petitot concluant par « construire la Ville est un Art » : sûr qu’il va tempérer le sérieux futur des analyses ingénieuses, ramenant chacun à un futurisme borné. Tout cela à cause d’une créativité qui s’opposerait à un déterminisme. Merci, vieux.
Bon après l’avertissement, on attaque, ils sont pas venus pour rien tous ces chercheurs.
La ville cognitive
Bref la cité du savoir et de la connaissance. Paris se confirme comme la place centrale du savoir autour du pouvoir. La décentralisation est un échec, les étudiants sont mal ou pas logés (9/10) et la recherche en sciences dures est désormais internationale et nécessite de la mobilité. Que du neuf.
La ville inclusive (non exclusive… pour les béotiens)
Petite piqûre de rappel avec une bien jolie photographie pleine de sourires et de couleurs (un espace avec 375 000 habitants/km2), juste 15 fois Paris, vive la densité, faut pas seulement se préoccuper de nos oignons. Les chômeurs parisiens; tiens donc, à l’inverse de la pensée courante sont donc de plus longue durée. Ainsi plus vite dépassés par les bouleversements culturels, les « travailleurs » ont du mal à suivre, à se recycler, dévorés ainsi par la bête savante. Plus prêts du centre plus vite rejetés pour compétitivité. Pas très nouveau non plus, les fonctionnaires ont la dent dure. Les cosmopolitiques : expérience de Barbès ; le « nouvel » environnement plaît pas au bobos ; les fous, ils ont gardés les habitants d’avant ; les basanés, les envahisseurs de l’espace public, les marchands de trottoir. La banlieue fait vraiment de la résistance. Les vieux : ne vous en faites plus, la recherche avance vite. On nous promet de les pucer au plus vite sur Gagaearth. A coup de prothèses stimulantes vont bien finir par ressembler aux autres. A bas la vieillesse. Et la mort au fait ? Notre Directrice Générale de l’Urbanisme, Ingénieur des Ponts et Chaussées, ex-directrice de la stratégie et membre exécutif de la SNCF, madame Elisabeth Borne constate en 2011 la « gentryficationé de Paris. Sacré Haussman.
La ville réticulaire
Un monsieur IBM s’étonne que les réseaux de matériaux ne soit pas encore globalement informatisés (destruction-construction). Un grand besoin de données car « ce sont les civilisations qui inventent les technologies et ce sont les technologies qui inventent les civilisations Open data 2.0 ». C’est pas beau ça ? L’action grimpe, achetez. Retour d’expérience sur les éco-quartiers, ces nouvelles communautés babas recyclées high-tech à coup de subventions ne feraient ni greffe ni essaimage. Il semblerait que les voisins les regardent comme des réserves expérimentales peuplées d’aliens. De quoi désespérer de la nature humaine, ils ne doivent certainement pas être au courant, en tout cas pas dans le vent.
Un qui me réveille enfin, monsieur Gilles Billen. La bouffe, c’est du sérieux. Je résume (mal) : à la Révolution, Paris 500 000 habitants, bassin de culture, 150 à 200 km autour de Paris, début 20e siècle 5 000 0000 d’habitants, idem ça roule toujours. Aujourd’hui 11 000 000, mais la région est devenue entre-temps productrice de céréales et 80% part à l’exportation en dehors du bassin. Plus une bête à l’horizon et l’élevage en grande partie situé dans le grand Ouest nécessite désormais des importations de soja transgénique du Brésil (un froid!!!). Les jardins potagers à la mode pour éduquer les petits nenfants sont bien jolis comme liens sociaux mais totalement inefficaces comme lieux de production (1%). Bref le ventre de Paris risque d’être confronté à de sérieux ballonnements et faudrait voir fissa à cesser la poule au pot et le bœuf-carottes. Purée, j’ai vraiment pas le goût aux sushis et de plus le thon rouge se fait aussi de plus en plus rare. Paris sans ses restos, un cauchemar, déjà qu’on a perdu nos filles de joies, au secours ! A lire d’urgence : l’empreinte alimentaire de Paris en 2030. Monsieur Météo , bien prévenant nous informe cependant que les façades blanches et la végétation seront efficaces dans le cadre des prévisions de températures retenues pour le futur. Sacré Corbu.
Pause déjeuner parvis : signature Abbé investissement Pierre, visite exposition « Onze femmes », Comité Internationale de la Croix Rouge – Genève – C’est où déjà la Suisse ? Retour sous les dorures.
La ville créative
Monsieur Casalegno MIT nous informe des transmissions à 24 tétrabits et ça nous laisse tous rêveurs surtout en Afrique sub-saharienne. Faudrait pas qu’il oublie le traitements de ces nouveaux déchets. Pas plus que nos touristes nous rappelle madame Gravari-Barbas la bien nommée, qui viennent à Louvre-land. 45 millions par an ça compte non ? Et apprendre donc à être un peu plus polis avec eux. Ils font quand même partie de notre ambiance, comme tente de nous convaincre Sieur Sawyer, pas Tom, Steph. Nos artistes enfin, ces écrivurbains en grande partie accaparés par les publicitaires ou fossilisés dans les galeries-musées doivent-ils laisser place pas très nette aux bombeurs masqués s’interroge Béatrice Fraenkel ?
Table ronde et lutte finale. Jean-Louis Missika, adjoint au maire en charge de l’innovation, de la recherche et des universités. Pas qu’un peu fier du raout organisé sous sa responsabilité, mais faut pas le lâcher sur les architectes nervis au service du pouvoir qui va pas tarder à laisser la place et que va y avoir des règlements de compte avec ces foutus artistes collabos qui ne comprennent rien aux valeurs ingénueuses de la Cité. Du grand média…. L’ambassadeur du Brésil (?) toujours en portugais semble nous remercier.
PUIS VINT THE BIG...
C’est tout de suite « vol au-dessus d’un nid de coucous », parfait avec sa gueule à la Nicholson, leur met illico un bon siècle dans la vue, fait valser les frontières, se moque des politicards, désoriente et accumule les signes pour finir sous les applaudissements de la foule en délire. Manque pas de charisme, l’architecte, monsieur Missika en avale sa cravate. Il y a du jus de cieux dans l’air. On va pouvoir tester le Viking, grandeur nature. Apothéose enfin par madame Anne Hidalgo, toujours aussi jolie et tombée sous le charme nordique. Redonnant des couleurs à l’imaginaire en notifiant ainsi que les équipes d’architectes du Grand Paris étaient constituées de représentants des disciplines ici convoquées, si vous permettez cher Jean-Louis. Ce colloque international sur l’avenir des Villes, confié donc à cette toute sérieuse école des Ingénieurs de la Ville de Paris sous la houlette de son directeur scientifique Youssef Diab fut donc bien démonstratif de son introduction par le philosophe Jean Petitot. De l’instructif rationnel en majeure partie pour finir, et ce plus sérieusement encore, ébranlé par un débordement créatif.
Il paraît que la solution d’un problème est dans son énoncé. Alors encore un effort : 2030, c’est déjà demain et c’est pas gagné!
Michel-Olivier Dayot
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