« "Architecture moche et cynique" | Accueil | Richard Rogers, lauréat du Prix Pritzker 2007 »

lundi 26 mars 2007

Commentaires

Je l'ai appris par hasard.... en téléphonant pour prendre de ses nouvelles 6 mois après sa mort, et le hasard sur le coup m'a fait mal. Puis, je me suis souvenue de ce qu'il avait dit à l'enterrement d'un de ses amis et collègue: "les gens ont pleuré!", avec un air dégoûté de qui aurait préférer entendre l'Internationale. Alors je n'ai pas regretté d'avoir été loin des larmes et de n'avoir de lui que des souvenirs heureux, comme des soirées entières passées à l'écouter parler d'ULM, de Hannes Meyer, de Cuba, de collages... Claude a vécu selon ses convictions, c'est tout ce qui compte aujourd'hui.

Claude est décédé. Je viens de l'apprendre par votre site - tristesse profonde de ma part, de loin, de Montréal. J'ai rencontré Claude pour la première fois à Montréal à l'été de 1967. Lui, le Vice-Dozent de la célèbre HFG de Ulm, était avec le "grand" Maldonado, son Dozent. La même année, en décembre, je l'ai revu à Ulm. Ensuite à Paris en octobre 1989, alors que je ne devais y séjourner que quelques semaines. Il préparait l'ouverture de l'Institut de l'Environnement ou IE (compendre plutôt : "Umwelt Institute"). Il m'y a enrôlé presque de force comme son 3e étudiant inscrit. Il était fier de me le dire, le râleur ! Je lui expliquais que la France était allergique à l'esprit bauhausien, que "son" projet y échouerait. Il m'a convaincu du contraire. J'ai fait 2 ans et obtenu mon diplôme. Mais après un mois, je suis allé le voir pour lui expliquer qu'en Communication, je perdais mon temps. Je lui dit que j'irais à Ulm où un petit groupe d'étudiants complétait leur diplôme sous la direction du Pr Martin Krampen, ex-collègue d'étude de Claude. On sait comment l'aventure de l'IE s'est terminée. En plus de la greffe de souche germanique et la nomemklatura parisienne, le principal problème était que, dans leurs disciplines, les étudiants recrutés à l'IE n'étaient pas en général préparé à un tel niveau d'enseignement - 2e / 3e cycles. Ce n'était pas pour rien qu'ils avaient pris la rue un an plus tôt. Par contre, il savait pensé et discourir. J'ai beaucoup appris d'eux sur ce plan. Avec Claude, j'ai eu d'innombrables échanges sur l'IE. Grand héritier et contributeur à l'édification du "modèle ulmin", notamment célébré aujourd'hui en Amérique latine, je retiens de Claude qu'il acceptait de se faire contredire... sourire en coin. Je perd avec lui quelqu'un qui a marqué toute ma vie. J'ai maintenu des télé-contacts épisodiques avec lui, le dernier, il y a 2 ans. La communauté d'architectes en France viens de perdre un très grand homme, si humblement enseignant, sa passion.

A mon tour de témoigner de la reconnaissance à ce passeur d'architecture, aussi imparfait que l'architecture elle-même; aussi magnifique également.

J'apprends par france culture, ce soir seulement (18 avril) que Claude nous a quittés et je suis très émue. Je me souviens de ses cours passionnants en 1992,à¨Paris Villemmin. Il nous aimait bien je crois, car nous n'étions pas de ces architectes en puissance élus par la naissance. Nous étions en formation continue, le premier groupe à préparer le diplôme sur le tard (j'avais 45 ans). Il nous parlait des architectes aux pieds nus. Il n'a pas assisté à ma soutenance , j'avais pourtant prévu de me déchausser pour lui rendre hommage et le remercier de ce jour où, les bras chargés de gâteaux, il nous a conté avec fougue et amour (comme toujours) son voyage récent à Cuba. Les soit disant grands hommes ont droit aux discours, aux médailles aux monuments, il y en a d'autres qui auront marqué à jamais ceux qu'ils ont croisé, si modestes soient ils, tu es de ceux là, et je ne suis certainement pas seule. Ce soir j'esquisserai un pas de samba comme tu nous l'as fait en plein cours... mais je n'aurais pas ton sourire espiègle de l'époque. C'est la lutte......

J’ai lu ton petit texte, oui je reconnais le Claude Schnaidt râleur et aux interprétations déraisonnables et excessives. Mais je me souviens aussi de l’éblouissement éprouvé devant sa culture, la complexité de ses analyses et tout le champ de savoir qu’il me faisait découvrir quand, au début des années 1970, jeune chercheuse à l’Institut de l’environnement, dont il était directeur pédagogique, et qu’il terrorisait les secrétaires, je l’avais interviewé sur la pédagogie d’Ulm.
Et puis ensuite de son amertume a ne pas être reconnu en France comme chercheur. La publication de son livre semblait l’en avoir délivré depuis quelques années.

Je fais un cours le jour de son enterrement et personne ne peut me remplacer. Je penserai à lui et à ses amis.

--
Monique Eleb
Professeur à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture Paris-Malaquais
Directrice du Laboratoire Architecture, culture et société, UMR AUS du CNRS, n°7136

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.

Un blog

Détours d'architecture

  • Sur ce blog...

    L'architecture ne se limite pas à elle-même : toute discipline se définit par son centre et par ses contiguïtés.

    Forts de ces convictions, les journalistes de la rubrique "architecture" du Moniteur vous font partager ici quelques-unes de leurs lectures, de leurs découvertes, de leurs rencontres et de leurs étonnements...
  • Derrière ce blog...

    Architecte et journaliste, Jacques-Franck Degioanni est chef de rubrique "architecture" au Moniteur, service "Architecture et urbanisme".

A propos des commentaires

  • Les commentaires sont modérés. Ils apparaîtront dès qu'ils auront été validés par les auteurs.

    La rédaction du "Moniteur" se réserve le droit de publier certains commentaires dans l'hebdomadaire.

www.lemoniteur.fr on Facebook
www.lemoniteur.fr on Facebook