Cette période de fêtes, que nous vivons à la lumière des néons blafards de la crise, n'incite guère à l'optimisme. Le sentiment que l'heure de vérité a sonné dans beaucoup de secteurs s'insinue peu à peu chez les cadres. Et sème le doute, même dans les esprits les mieux armés. Crise automobile, crise de la VPC ("Trois suisses" et autres), et crise de l'immobilier, semblent remettre les pendules à l'heure. Comme si le moment était venu... Et il en va naturellement ainsi pour la crise financière elle-même. Toutes les valeurs boursières non représentatives d'actifs dans l'économie réelle vont être peu à peu détruites... C'est sûrement tragique pour beaucoup (ceux qui avaient tout misé sur ces valeurs), mais le plus scandaleux, c'est que des montages financiers aussi éloignés de l'économie réelle aient pu prospérer. Et qu'il y ait eu un tel aveuglement général.
Quant à la réforme du Code des marchés publics, issue de trois décrets successifs et simultanés des 17 et 19 décembre 2008 (ce qui est, avouons-le, plutôt paradoxal), elle n'est pas ce qu'elle paraît être. A coup sûr, on peut prédire, sans grand risque d'erreur, que cette réforme n'est pas celle qui donnera - à elle seule - la signal de la relance tant attendue.
Pourtant, il est possible d'espérer que la réforme n'ait pas révélé à ce stade toutes ses potentialités. Sans forcer le trait, on pourrait le dire à la manière de Montaigne : "Rien de grand ne se faict sans hazard". Il faut croire qu'ici, le "hazard", dû au bouillonnement réformateur qui anime le gouvernement, a produit en définitive un texte assez équilibré et, somme toute, de bonne facture : des seuils de publicité simplifiés, des seuils de procédure faciles à comprendre, un code réduit à l'essentiel, mais finalement nécessaire et qui sera utile aux praticiens.
Certes, s'il pouvait parler, le Code dirait sans doute comme Montaigne, "je corrigerois volontiers une erreur accidentale, dequoy je suis plain... mais les imperfections qui sont en moy ordinaires et constantes, ce seroit trahison de les oster".
Et il est vrai qu'on est habitués à la complexité du calcul des seuils, à celle de la liste des documents et renseignements qu'il est possible de demander au stade des candidatures, qui doit correspondre à l'objet du marché sans être excessive, à la passation des avenants, qui ne doit toujours pas bouleverser l'économie du marché, etc.
Si, dans un avenir qu'on n'ose imaginer, le Code parfait était créé, comme une sorte de "pierre philosophale" de la commande publique, on regretterait sûrement toutes les souffrances quotidiennes que ses imperfections nous infligent.
Il faut être reconnaissant à Catherine Bergeal, et à l'équipe de la DAJ de Bercy, d'avoir su transformer une volonté politique "façon puzzle", comme dirait Bernard Blier dans les "Tontons flingueurs", en un texte assez cohérent et relativement clair, ce qui est une sorte d'exploit. Aussi, au risque de paraître en total décalage avec l'opinion commune, pour laquelle toute réforme du Code des marchés publics ne fait jamais qu'empirer les choses, on se permettra d'être, pour une fois, relativement serein. Dans l'interview qu'il donne au "Moniteur" du 26 décembre, Jérôme Grand d'Esnon, ancien directeur des affaires juridiques de Bercy et aujourd'hui brillant avocat, ne dit pas autre chose.
Cela n'empêche pas les imperfections, vous en trouverez sûrement. Et cela n'empêche pas de se souhaiter une bonne et heureuse année 2009, à la faveur de cette 638ème note en à peine deux ans et demi. Bonne année, donc !
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