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L’information sur Internet : quelques éléments de réflexion

On est en plein Salon du Livre et vous, vous lisez un blog. Un parmi des milliers d'autres, un parmi des millions d'autres, mais un Dazibao à la puissance dix. Il y a dix ans seulement, ou à peine plus, des millions de Français découvraient -simultanément- le téléphone portable grand public et l'accès à Internet. Ces nouvelles technologies allaient changer nos vies.

Il y a un peu plus de dix ans, on lisait les informations juridiques, économiques ou financières, telles que celles diffusées sur ce blog, uniquement dans la presse écrite spécialisée. Mais pour ceux qui s'imaginent que la "révolution Internet" est en marche et qu'elle est la seule à avoir métamorphosé l'information, rappelons qu'il y eut un "avant hier". L'imprimerie d'abord, la radio ensuite, puis la télévision ont bouleversé la diffusion de l'information. Dans tous les cas cependant, ces medias entretenaient avec leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs une relation à sens unique ; les premiers informant les seconds. Avec Internet, cette relation se transforme en un dialogue, avec la magie du Web 2.0, dont ce blog est une illustration parmi d'autres.

Mais il y a plus. Avec Internet, le consommateur d'informations devient aussi un producteur, s'il le souhaite. Le dialogue devient un échange. Le citoyen blogueur peut désormais concurrencer les journalistes (pourquoi pas d'ailleurs ?). Mais il peut aussi désinformer, manipuler et, avec la vitesse d'Internet, influer sur la vie des démocraties ou des économies. Il peut aussi relayer la cause des minorités opprimées ou donner une ampleur insoupçonnée à de justes combats. Le pire et le meilleur.

Réciproquement, puisque tout internaute peut "tout savoir sur tout", les experts de la toile peuvent eux aussi tout savoir sur les internautes : les cookies, adwares et autres spywares (logiciels espions) permettent de tracer l'itinéraire sur la toile de tout individu repéré par son adresse IP, voire par le numéro de série de sa machine connectée au réseau. Et lui adresser uniquement l'information supposée l'intéresser. Ce n'est plus le journaliste qui opère un tri pour délivrer une information pertinente, mais un logiciel expert qui analyse les habitudes de chaque individu et lui communique uniquement ce dont il a besoin. Est-ce encore de l'information ? Là encore, tout dépend de l'objectif recherché : s'il s'agit d'aider l'internaute à opérer un tri dans le flot d'informations qui se déverse à tout moment sur son écran, l'objectif est louable. Mais s'il s'agit d'influencer sa pensée afin d'obtenir de lui tel ou tel comportement d'achat, l'objectif est naturellement contestable (non pas en tant que tel d'ailleurs, mais parce que c'est un objectif caché, qui dissimule certaines informations au profit de celles qui permettent d'influencer l'internaute dans le sens voulu).

Pour réfléchir à une évolution qui met en cause l'avenir d'une profession intimement liée à l'exercice des libertés publiques (liberté d'opinion, de vote, de manifestation, de grève, de religion...), l'Association des journalistes économiques et financiers (AJEF) a édité, à l'occasion de son cinquantenaire, une brochure qui retrace ces évolutions et qui les met en perspective. De grandes personnalités du monde politique et économique ont accepté d'apporter leur contribution à cette réflexion. En voici quelques extraits intéressants :

Olivier Chatin, président de BearingPoint France & Belgique : "A l'automne 2006, un grand hebdomadaire français avait fait sa Une sur "Internet, le 5ème pouvoir". Une des problématiques alors posée portait sur le poids des journalistes face aux 100 000 nouveaux éditorialistes blogueurs qui apparaissent chaque jour sur le Net (...) Le rôle de médiation tenu par les journalistes demeure une fonction clé, en raison d'au moins cinq nécessités : 

  • La validation des sources d'informations (et, au-delà, le croisement nécessaire de plusieurs sources et non la répétition d'une source primaire), 
  • Le filtrage des informations, afin de faire ressortir les points sensibles (et de fait permettre au récepteur de ne pas être noyé sous trop d'informations brutes), 
  • L'apport indispensable d'analyses (en particulier avec l'évolution des normes comptables et la fin potentielle des publications annuelles, l'évaluation permanente des entreprises sur la base des dernières perspectives), 
  • La prise de recul et la mise en perspective (afin de corréler les informations simples avec les phénomènes complexes, au besoin à travers des analyses contradictoires), 
  • L'indépendance dans le rendu des conclusions. Ce rôle est bel et bien celui des journalistes, qui doivent demeurer des acteurs clés de l'information économique." 

Michel Pébereau, président du conseil d'administration de BNP Paribas : "L'avenir de la presse économique est naturellement dans le multimédia, c'est à dire dans des supports réunissant des média d'analyse (le papier), des médias d'alerte et d'interactivité (Internet) et des médias d'image (la vidéo, qu'elle passe par le canal télévisuel ou le canal Internet). Le multimédia permet à l'information de circuler partout en temps réel, mais en même temps qu'il accroît la fluidité de l'information, il augmente le risque de désinformation. Une rumeur non vérifiée peut désormais se propager à une vitesse record. Cette situation est connue des lecteurs, notamment ceux de la presse économique et financière, qui ont donc tendance à prendre leurs habitudes auprès des médias qui parviennent à concilier l'impératif de rapidité avec l'impératif de fiabilité. C'est peut-être un peu optimiste, mais il me semble juste de dire que la mutation technologique n'empêchera pas, dans le domaine économique et financier, les journalistes les plus professionnels et les mieux informés de faire, demain comme hier, la différence." 

José-Emmanuel Barroso, président de la Commission européenne : "Mais qui dit démocratie dit accès de tous à l'information. En Europe, près de la moitié des particuliers utilisent Internet au moins une fois par semaine. Ces chiffres sont en progression constante, mais ils demeurent insuffisants pour porter l'économie européenne de la connaissance au niveau de compétitivité et de dynamisme que nous voulons atteindre. L'accélération du progrès technologique, l'ouverture croissante des marchés, l'apparition de nouvelles puissances émergentes et les nouveaux modes d'utilisation des médias d'information auront nécessairement une incidence sur l'exercice de votre profession [NDLR : l'auteur s'adresse aux journalistes]. Dans les années qui viennent, le principal défi que devra relever la presse économique et financière tiendra sans doute à la maîtrise du facteur temps. Décrypter une information toujours plus complexe et la mettre en perspective demandent, et demanderont encore plus demain, un haut niveau de savoir-faire et de compétences." 

Pour survivre dans un monde surinformé (mais mal informé), les medias vont devoir adopter deux règles simples : 1° Survivre c'est évoluer (pour paraphraser Darwin) ; 2° "Penser, c'est dire non" (Alain), parce que la crédibilité de l'information suppose, plus encore avec Internet, une réelle indépendance de la part des journalistes. C'est dans l'équilibre entre ces deux impératifs que les nouveaux medias, combinant tous les supports (Internet, papier, audiovisuel) trouveront la voie d'un développement nouveau, au profit de leurs lecteurs bien sûr (mais cela allait sans dire...).

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Voici les sites qui parlent de L’information sur Internet : quelques éléments de réflexion:

Commentaires

Votre contribution est intéressante. Pour la prolonger, je vous invite à lire l'article du Monde consacré à Wikipedia, qui est très instructif. Pourrait-on imaginer un Wikipedia juridique ? Il va sans dire que cela serait impossible (quel crédit accorder à des raisonnements qui pourraient être des plaidoyers pro-domo de contributeurs ayant un intérêt personnel, éventuellement financier, à la défense de tel ou tel point de vue) : on voit donc bien les limites de l'exercice et l'importance de l'intervention d'une tierce partie : l'éditeur, dont la réputation à long terme lui impose la vigilance et la compétence.
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/03/15/faut-il-bruler-wikipedia-par-bertrand-le-gendre_1023287_3232.html

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Les auteurs

  • L'Association pour l'achat dans les services publics
    a été créée en 1962. Dès l'origine, elle a eu pour vocation de rassembler ses adhérents autour d'une profession nouvelle : celle d'acheteur public.
  • Cyrille Emery
    est rédacteur en chef adjoint du Moniteur et rédacteur en chef délégué du mensuel Contrats publics. Il est chargé d'enseignement en droit à Paris-I et Paris-II.

Voir aussi le blog BTP & PPP