Vie de chantier : le livre qui accuse
Nicolas Joulin, jeune docteur en sociologie, maître de conférences à Paris-VIII, peut se vanter d'être déjà à l'origine d'un brûlot. Son livre, "Chantier interdit au public. Enquête parmi les travailleurs du bâtiment", décrit la dure réalité de la vie de chantier.
Le recours croissant à la sous-traitance et à l’intérim. L'infériorisation et la culpabilisation des sous-traitants et des intérimaires, les pratiques illégales de certains employeurs, les paradoxes de la sécurité au travail, le recours massif à une main-d’œuvre étrangère fragilisée et parfois sans papiers, le racisme… Pour s'en assurer, l’auteur s’est immergé pendant trois ans, pour sa thèse, à l'intérieur du monde du béton armé parisien, en tant qu’ouvrier.
Julien Beideler, chef de rubrique au "Moniteur", a pu obtenir en avant-première quelques extraits du livre à paraître le 14 février à La Découverte :
- "Demain un ferrailleur va m'énerver, je vais le virer. Parce qu'il est intérimaire. J'ai ce pouvoir. C'est un pouvoir d'ailleurs qu'on ne devrait pas avoir. Parce qu'il a faim."
Daniel, chef de chantier - "S'il y a des inspecteurs du travail qui passent, ils donnent des lunettes, ils donnent les masques, ils donnent tout ce qu'il faut. Mais les autres jours, on n'a rien. On a seulement la brouette et la pelle, c'est tout."
Bemba, ouvrier - "Avec l'intérim, on n'ose plus mettre "apte sous réserve". C'est pas qu'avec les patrons habituels ce soit facile, mais là, on est sûr que la boîte d'intérim ne le reprend pas."
Un médecin du travail
Comme l'indique Nicolas Joulin dans l'interview qu'il a réservée au "Moniteur", "on peut constater que les règles de sécurité sont assimilées par les ouvriers. Suffisamment en tout cas pour qu'ils aient conscience de les enfreindre. Ce qui débouche, pour tenir les délais, à un affrontement clandestin du danger."
Ce constat devrait amener les maîtres d'ouvrage publics (et privés d'ailleurs) à s'interroger très sérieusement ; ai-je conscience, en imposant des délais intenables dans un marché public, de mettre en danger la vie des ouvriers sur mon chantier ? Question taboue, peut-être ; mais question vitale, sûrement.
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Je tombe à l'instant sur votre note. Bravo à cet auteur d'oser dire tout haut ce qe tous les professionnels savent tout bas. Et bravo à vous d'oser le relayer ! Oser dire les choses, c'est déjà faire un bout de chemin. Cela étant, et après avoir écarté les brebis galeuses qui sévissent dans toutes les professions, il faut bien admettre qu'il y a une sorte d'engrenage : 1/L'élu veut un bâtiment avant les élections. 2/Un marché est passé, en retard comme d'habitude. 3/ L'entreprise propose des délais intenables pour l'obtenir. 4/Le chantier devient le lieu du danger permanent, cadences infernales, risques en cascade. N'est-ce pas le client qui est, par son inconcsience, à l'origine de cet état de fait ? Je partage totalement votre interrogation finale sur ce point. Les maîtres d'ouvrage ne devraient pas encourager de telles prises de risque. Eux aussi participent ç ce qui est dénoncé dans ce livre. J'ai hâte de pouvoir le lire !
Rédigé par: Jean-Pierre H | le 09 février 2008 à 09:30