En exclusivité pour le journal "Le Monde", l'ancien Président de la République Jacques Chirac livre aujourd'hui un "point de vue" où il explique les conditions dans lesquelles, président du RPR, il a traité le problème du financement de son parti avant l'instauration d'un financement public en 1995.
M. Chirac a été entendu comme témoin assisté, ce jeudi 19 juillet, dès 9 heures, par le juge Alain Philibeaux, dans le cadre de l'enquête sur des emplois de complaisance au profit du RPR.
A dire vrai, on ne peut pas être totalement insensible à l'argumentation développée par M. Chirac.
Il faut en effet rappeler que, jusqu'en 1995, tous les partis politiques étaient financés par des ressources dont l'origine était parfois discutable. Ce n'est un secret pour personne de dire que les marchés publics et les concessions de service public ont contribué au financement du débat démocratique, y compris sous les républiques précédentes (IIIème et IVème notamment).
Cela doit-il aboutir à une amnistie générale ? On sait que le nouveau Président n'y est pas favorable, comme d'ailleurs la majorité des français. Faut-il considérer ces vieilles affaires, dont certaines remontent à plus de 20 ans, comme prescrites ? En l'état du droit, cela n'est guère envisageable, car l'écoulement de la prescription a été suspendu pendant le mandat de M. Chirac (au moins en ce qui le concerne). Faut-il prévoir une mesure de grâce ? Elle n'est possible que dans l'hypothèse d'une condamnation, et pour le moment, le statut de témoin assisté de l'ancien Président de la République ne le laisse pas présager. Faut-il enfin voter une loi pour effacer le passé et changer enfin d'époque ? Cela reviendrait à octroyer une amnistie. On pourrait aussi, en dernier lieu, envisager un non lieu à statuer à l'issue de l'instruction, tenant compte précisément du contexte dans lequel les partis politiques devaient être financés dans les années quatre-vingt, et jusqu'en 1995.
Ce qui est sûr, au-delà du cas emblématique d'une personnalité hors du commun, c'est que le mécanisme de financement dénoncé - à juste titre - par les juges était général avant 1988. Et il était implicitement admis par l'ensemble de la classe politique et des français. Faudrait-il attraire devant les juridictions répressives tous ceux qui y ont contribué ? Ce serait à coup vider les bancs de l'Assemblée nationale et du Sénat ... Et accessoirement quelques états-majors de campagne.
Le débat est donc ouvert ...
Visionnez le commentaire d'Eric Decouty, journaliste au Figaro :
Lire le "point de vue" de Jacques Chirac dans "Le Monde".
Photo : l'affiche de campagne de Jacques Chirac en 1981 (DR).
Source : Paris-Match.
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