Avec l’essor d’Internet, l’information envahit nos écrans avant-même que nous l’ayons sollicitée. Il n’est pas une semaine ni même un jour où ne soit évoqué tel ou tel jugement. A chaque fois, la décision est annoncée comme révolutionnaire, inattendue, surprenante…
Les acheteurs publics, avides de sensations, succombent parfois à la tentation. C’est à celui qui connaîtra le dernier jugement en date, celui qui vient justement démentir le précédent, que l’on croyait bien assuré.
Un tel phénomène, auquel les journalistes, et notamment ceux du Groupe Moniteur, succombent régulièrement, est assez malsain.
Tout jugement ne fait pas nécessairement jurisprudence. Tout arrêt, toute ordonnance, ne détruit pas nécessairement ce qui a été construit patiemment au fil des années, affiné et précisé par plusieurs dizaines de décisions.
C’est précisément ce qui fait la valeur de votre hebdomadaire « papier », Le Moniteur.
Il faut, à intervalles réguliers, savoir « se poser », mesurer les écarts, les évolutions, et analyser ce qu’apportent réellement au droit les dernières décisions en date.
Un excellent avocat qui exerce ses talents dans le sud de la France, me racontait récemment que trois présidents de tribunaux administratifs avaient rendu, dans trois espèces absolument identiques, des décisions totalement opposées. C’est précisément à ce moment-là que s’effectue le travail éditorial et, soit dit en passant, celui du juriste. Ces trois décisions ne font évidemment pas jurisprudence : faute d’être rendues dans le même sens ; faute d’être rendues par le Conseil d’État ; et faute, disons-le tout net, d’être bien étayées en droit.
La lecture brute de la jurisprudence (accessible à tous) ne peut à elle seule suffire à éclairer la décision des acheteurs publics, ni d’ailleurs celle des entreprises. Il y faut l’analyse des experts. Et cette analyse suppose une prise de recul nécessaire.
C’est ce qui fait l’intérêt –à mon avis irremplaçable-, d’un hebdomadaire comme Le Moniteur. Quand certains se jettent sur le dernier jugement en date, Le Moniteur prend un peu de temps pour apporter à ces décisions l’éclairage qui permet d’en mesurer la portée.
C’est ce qui fait, à notre avis, la complémentarité du « papier » et de l’Internet. Mais surtout, que cela ne nous empêche pas de "bloguer" ! A vos claviers...
Cyrille Emery
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