Seuls les passagers en seconde classe peuvent réserver des emplacements pour leur vélo dans le TGV Est. Sur ce plan, la SNCF a régressé, depuis l’époque des Corail Téoz qui desservaient la ligne Paris Strasbourg jusqu’en juin dernier. Certes, la même bizarrerie existait déjà, mais le cycliste en première classe pouvait toujours négocier avec le contrôleur qui, selon les cas, lui vendait sa réservation au prix de 10 euros ou avec une majoration à 18 euros, lorsqu’il refusait de croire à la bonne foi de l’usager. Désormais, ce dernier se heurte à un obstacle physique : l’emplacement dédié au stockage des vélos cumule cette fonction avec l’accueil de passagers qui voyagent sur des strapontins. Les deux usages se révèlent incompatibles. Si le voyageur trouve un contrôleur compréhensif à l’aller et un psychorigide au retour, il lui faut abandonner son vélo à Paris, ou supplier le chef de la gare de l’Est d’intercéder en sa faveur, expérience vécue par votre serviteur (loué soit ce chef de gare et la gentille cheminote envoyée pour convaincre le contrôleur récalcitrant!).
Au temps des Téoz qui offraient une dizaine de places 100 % vélo au lieu de trois maxi aujourd’hui, le même usager, par ailleurs journaliste au Moniteur, n’avait pas manqué de s’étonner par écrit, auprès de la direction commerciale du transporteur public, de l’incompatibilité entre première classe et réservation de bicyclette : « Merci de nous alerter, la SNCF étudie la question », lui avait-on répondu en substance. Le 8 juillet 2006 lors de la pose du premier arc de la verrière de la gare de Strasbourg, le même cyclo-journaliste avait publiquement soumis la question à Guillaume Pépy, directeur général de la SNCF. Devant les élus locaux, ce dernier s’était engagé à ouvrir les réservations vélo aux passagers de première classe du futur TGV Est. La suite de l’histoire n’a pas confirmé cet engagement. Raison invoquée par les agents du service public : le cycliste doit pouvoir surveiller son vélo, et l’unique emplacement réservé se trouve en seconde classe. Certes, se dit l’adepte de la multimodalité douce et confortable, mais rien n’interdirait de cadenasser le vélo, et d’exercer une surveillance rapprochée, puisque la majeure partie de la voiture en question, située à l’extrémité du train, se trouve en première.
Comme les trains, les arguments peuvent en cacher d’autres, et la gestion technique du vélo a bon dos. Quels messages se cachent derrière les choix d’aménagement des rames ? Sans doute la SNCF a-t-elle quelque raison de redouter qu’un trop grand engouement des cyclistes ne complique l’accès aux trains pour les autres. Mais cette lecture indulgente ne coupe pas court à l’hypothèse d’un soupçon de désuétude dans la culture commerciale et sociale des cheminots : le client doit s’adapter à l’offre, et l’usager haut de gamme ne prend pas le train avec son vélo.
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